Réflexions et propositions pour des protections commerciales pour l'Europe
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Par Christophe Ventura, militant altermondialiste, tribune parue sur Rue89.com, 7 novembre 2008.
En France, comme dans le reste de l’Europe, tous les partis de gouvernement se réclamant de la "gauche" (en particulier ceux issus de la social-démocratie), comme ceux de droite, sont coresponsables, depuis 30 ans, des ravages du libéralisme que les populations s’apprêtent à payer comptant. Peut-il naître, dans ces conditions, quelque chose de nouveau de cette calamité?
Oui, à condition qu’une gauche radicale de gouvernement émerge et qu’elle affirme de nouvelles ambitions idéologiques et politiques. Cela en s’attaquant, dans une perspective de reconstruction d’une solidarité internationaliste, à la racine du mal: les diverses facettes du libre-échange, c’est-à-dire sur l’absence de freins institutionnels à la circulation des biens, des services et des capitaux pour accroître l’enrichissement des capitalistes et leur permettre d’imposer leurs intérêts à l’ensemble de la planète.
Une crise du capitalisme
De plus en plus de voix s’élèvent à juste titre pour rappeler que la crise actuelle n’est pas simplement "financière", mais directement liée au régime d’accumulation capitaliste. Ce dernier est caractérisé selon les termes de Jacques Sapir par:
"Une capture presque totale des gains de productivité par les profits au détriment des salaires. (…) Pour aboutir à ce résultat, il fallait (…) pouvoir créer une véritable déflation salariale. L'ouverture progressive et la mise en place d'un cadre généralisé de libre-échange a été l'instrument principal de cette déflation salariale."
Ce système a, en effet, permis la compression des salaires et le démantèlement des protections sociales par l’organisation, via la mise en concurrence des travailleurs entre pays industrialisés et pays à bas salaires, d’une déconnexion entre la progression des salaires et des gains de productivité dans le partage de la valeur ajoutée.
Un projet économique mondial
Au-delà de la nécessaire limitation du pouvoir de la finance et du contrôle des flux financiers réclamés par tous -droite conservatrice et libérale comme gauche libérale et progressiste-, défaire le libre-échange doit devenir, pour une gauche radicale de gouvernement, la ligne directrice d’un projet économique mondial cohérent et écologique.
Les pistes existent à mon sens:
* La réorientation de l’économie mondiale vers des modèles de développement tournés vers la satisfaction des besoins locaux plutôt que vers des modèles de croissance extravertie, socialement et écologiquement néfastes.
* La mise en place, dans le cadre de la construction de blocs économiques et politiques régionaux, de mécanismes de "protectionnisme altruiste" selon l'expression de Bernard Cassen. Ceux-ci, sans devenir de nouvelles formes absolues, doivent permettre de reconstruire un rapport de forces capable d’inverser les tendances actuelles du commerce mondial.
* L’utilisation de l’outil étatique dans l’économie: contrôle monétaire, contrôle des changes, nouvelles formes de nationalisations pour les secteurs clés de l’économie et de services à la population, élargissement de l’économie non marchande, etc.
La gauche a honte
De nombreuses propositions inédites et internationalistes, laissées à l'abandon par la "gauche" dans le placard de sa honte, existent pour construire un monde multipolaire dans lequel l'action politique prévaudra sur les intérêts des acteurs économiques.
De ce point de vue, il est significatif d'observer, en France, qu'au sein du parti socialiste, seule la motion portée par les sensibilités représentées par Benoît Hamon abordait la question de la nécessaire limitation du libre-échange dans son programme soumis au vote des adhérents le 6 novembre. Le résultat de la consultation indique, comme on pouvait s'y attendre et malgré un bon score de cette motion, que l'orientation de la nouvelle majorité du parti ne sera pas celle-ci.
Existerait-il, pour une force assumant cette rupture sans concession avec le libre-échange, d'autres points d'appui dans le monde?
Oui, mais cependant moins aux Etats-Unis, même dirigés par Barack Obama, qu'en Amérique latine. C'est en effet actuellement la seule région du monde où de réelles politiques de rupture avec le libre-échange, au profit d'actions gouvernementales basées sur la solidarité, la coopération et la complémentarité, sont déjà expérimentées chez les pays membres de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (Alba) et même au-delà, notamment dans le cadre de l'accord énergétique Petrocaribe. Ces pays voudront sans doute faire entendre une autre voix que celle du G 20 prévu le 15 novembre. Et nous?
Oui, à condition qu’une gauche radicale de gouvernement émerge et qu’elle affirme de nouvelles ambitions idéologiques et politiques. Cela en s’attaquant, dans une perspective de reconstruction d’une solidarité internationaliste, à la racine du mal: les diverses facettes du libre-échange, c’est-à-dire sur l’absence de freins institutionnels à la circulation des biens, des services et des capitaux pour accroître l’enrichissement des capitalistes et leur permettre d’imposer leurs intérêts à l’ensemble de la planète.
Une crise du capitalisme
De plus en plus de voix s’élèvent à juste titre pour rappeler que la crise actuelle n’est pas simplement "financière", mais directement liée au régime d’accumulation capitaliste. Ce dernier est caractérisé selon les termes de Jacques Sapir par:
"Une capture presque totale des gains de productivité par les profits au détriment des salaires. (…) Pour aboutir à ce résultat, il fallait (…) pouvoir créer une véritable déflation salariale. L'ouverture progressive et la mise en place d'un cadre généralisé de libre-échange a été l'instrument principal de cette déflation salariale."
Ce système a, en effet, permis la compression des salaires et le démantèlement des protections sociales par l’organisation, via la mise en concurrence des travailleurs entre pays industrialisés et pays à bas salaires, d’une déconnexion entre la progression des salaires et des gains de productivité dans le partage de la valeur ajoutée.
Un projet économique mondial
Au-delà de la nécessaire limitation du pouvoir de la finance et du contrôle des flux financiers réclamés par tous -droite conservatrice et libérale comme gauche libérale et progressiste-, défaire le libre-échange doit devenir, pour une gauche radicale de gouvernement, la ligne directrice d’un projet économique mondial cohérent et écologique.
Les pistes existent à mon sens:
* La réorientation de l’économie mondiale vers des modèles de développement tournés vers la satisfaction des besoins locaux plutôt que vers des modèles de croissance extravertie, socialement et écologiquement néfastes.
* La mise en place, dans le cadre de la construction de blocs économiques et politiques régionaux, de mécanismes de "protectionnisme altruiste" selon l'expression de Bernard Cassen. Ceux-ci, sans devenir de nouvelles formes absolues, doivent permettre de reconstruire un rapport de forces capable d’inverser les tendances actuelles du commerce mondial.
* L’utilisation de l’outil étatique dans l’économie: contrôle monétaire, contrôle des changes, nouvelles formes de nationalisations pour les secteurs clés de l’économie et de services à la population, élargissement de l’économie non marchande, etc.
La gauche a honte
De nombreuses propositions inédites et internationalistes, laissées à l'abandon par la "gauche" dans le placard de sa honte, existent pour construire un monde multipolaire dans lequel l'action politique prévaudra sur les intérêts des acteurs économiques.
De ce point de vue, il est significatif d'observer, en France, qu'au sein du parti socialiste, seule la motion portée par les sensibilités représentées par Benoît Hamon abordait la question de la nécessaire limitation du libre-échange dans son programme soumis au vote des adhérents le 6 novembre. Le résultat de la consultation indique, comme on pouvait s'y attendre et malgré un bon score de cette motion, que l'orientation de la nouvelle majorité du parti ne sera pas celle-ci.
Existerait-il, pour une force assumant cette rupture sans concession avec le libre-échange, d'autres points d'appui dans le monde?
Oui, mais cependant moins aux Etats-Unis, même dirigés par Barack Obama, qu'en Amérique latine. C'est en effet actuellement la seule région du monde où de réelles politiques de rupture avec le libre-échange, au profit d'actions gouvernementales basées sur la solidarité, la coopération et la complémentarité, sont déjà expérimentées chez les pays membres de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (Alba) et même au-delà, notamment dans le cadre de l'accord énergétique Petrocaribe. Ces pays voudront sans doute faire entendre une autre voix que celle du G 20 prévu le 15 novembre. Et nous?













