Réflexions et propositions pour des protections commerciales pour l'Europe

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Et les responsables politiques ?

Alors que certains économistes souhaiteraient interdire le débat, les politiques ont bien compris que le système ne fonctionnait plus et commencent à s'intéresser à la question du protectionnisme.


  • Dominique de Villepin
    (Extraits de l'émission Ripostes, 19 novembre 2006
    "Il y a je crois aujourd’hui à ouvrir les yeux sur une donnée nouvelle de la situation économique. Nous sommes dans un paysage économique qui a été construit autour de l’idée de libre échange ; libre échange à tout va, le libre échange va régler l’ensemble des problèmes de notre économie et chacun doit s’adapter en permanence à cette situation. Le drame, c’est qu’on sera toujours en retard d’une adaptation et nos compatriotes souffriront toujours un peu plus parce qu’il faudra toujours s’adapter un peu plus, parce qu’il y aura toujours plus de Chinois qui arriveront sur le marché du travail, toujours plus d’Indiens sur le marché du travail... et nous luttons avec des armes inégales. Nous sommes aujourd’hui dans une situation où la réciprocité ne s’applique pas. Nous avons des normes juridiques très contraignantes, nous nous imposons des normes environnementales et à juste titre de plus en plus contraignantes, nous avons des normes démocratiques contraignantes et nous nous battons avec des pays qui eux ne respectent pas ces normes et ces règles.
    (...)
    Il faut appliquer le principe de réciprocité. Les Etats-Unis se sont dotés d’une commission qui, dans ce domaine, introduit des règles qui leur permettent de se défendre. Il faut le faire ! Les Chinois se dotent de règles de réciprocité qui protègent leur marché ! Et cela, on peut le faire, non pas au niveau national, mais au niveau européen. Et de ce point de vue, je suis convaincu que nous avons besoin de bâtir, à l’échelle européenne, une forme de patriotisme économique européen où non seulement, on rassemblera nos forces, mais on appliquera ces règles de réciprocité."

  • Ségolène Royal
    Discours à Illkirch-Graffenstaden, 20 décembre 2006, AFP
    Ségolène Royal s'est prononcée mercredi à Illkirch-Graffenstaden, près de Strasbourg, contre une Europe "naïve", prônant "des mécanismes qui protègent notre industrie" dans la compétition mondiale, dans un discours où elle a exalté le rôle de "la puissance publique".
    Soulignant "la grande inquiétude face à la mondialisation", la candidate socialiste à l'élection présidentielle a assuré que "non seulement l'Etat peut encore servir à quelque chose, mais il doit servir à quelque chose". "La puissance publique doit assumer ses responsabilités", a-t-elle insisté.
    Mme Royal a affirmé que la France ne gagnerait pas "la bataille de l'emploi en fermant (ses) frontières". Mais, a-t-elle ajouté, "je souhaite que l'Europe ne soit pas ouverte à tous les vents du libéralisme destructeur et que nous sachions mettre en oeuvre des mécanismes acceptables qui protègent notre industrie".
    "L'Europe devra cesser d'être naïve. Oui, l'Europe devra être un espace de protection" pour "sauver notre modèle social", a-t-elle repris. La candidate a appelé à "utiliser tous les moyens pour protéger nos marchés, nos emplois, notre industrie tout en restant ouverts sur le monde, mais à armes égales".

  • Nicolas Sarkozy
    Entretien au journal Les Echos, 9 novembre 2006
    "S'agissant enfin des PME, j'aimerais qu'on soit moins naïf et qu'on accepte de pratiquer en France et en Europe ce que les Américains font très bien : ils ne taxent pas de la même façon les produits qu'ils fabriquent et ceux qu'ils importent. Et cela ne nous empêche pas de vanter la grande puissance libérale que sont les Etats Unis. Il y a aussi là bas une loi qui garantit aux petites entreprises, hors conditions de prix, une part des achats publics. Je demande qu'on fasse la même chose en France et en Europe. Pour moi, le mot préférence communautaire n'est pas un gros mot. Le mot protection non plus."

  • Jean-Pierre Raffarin
    Sénat, discours sur la participation, 8 novembre 2006
    "La globalisation signifie que les mêmes règles, les mêmes mécaniques, s'appliquent à tous, au-delà de toutes les frontières. Poussées à leurs limites, l'idée de mondialisation implique la dialectique des continents - entre l'Europe et la Chine, l'Inde ou l'Amérique -, mais l'idée de globalisation, quant à elle, annonce la fin de la politique.
    Dans ce dernier cas en effet, une seule règle mondiale, la compétitivité, s'applique à tous les territoires, par-dessus les États, qui, parce qu'ils deviennent globaux, se demandent aujourd'hui s'ils sont toujours nationaux. Plus on abaisse les frontières et plus on affaiblit ou l'on transfère les souverainetés.
    Cette perspective de l'ultra-compétitivité est au coeur du débat d'aujourd'hui, parce qu'elle porte en elle la dissolution du lien entre capital et travail. Avec la mondialisation, le capital est de plus en plus nomade ; avec de nouvelles logiques financières, il est aussi de plus en plus anonyme ; avec la montée des égoïsmes, il est de plus en plus pressé.
    Alors que les salariés en particulier, mais les citoyens en général, cultivent à l'inverse leur identité, valorisent leurs racines et cherchent à être maîtres de leur temps, la relation entre capital et travail est grignotée par l'indifférence.
    De nombreuses forces mondiales accélèrent, hélas ! ce phénomène. La croissance chinoise est en partie fondée sur la captation financière des bons du trésor américains, pour valoriser le travail dans l'« empire ». La croissance des inégalités et des égoïsmes dans tous les pays conduit à l'écrasement des classes moyennes, pourtant capables d'être médiatrices entre le travail et le capital.
    La perte de souveraineté frappe certains États qui confient trop largement leurs intérêts au libre-échange et perdent progressivement leur capacité à affirmer leur modèle et surtout leurs pratiques sociales."


Rédigé par Hakim El Karoui le 21 Décembre 2006 à 10:59 | Permalien | Commentaires (2)
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