Réflexions et propositions pour des protections commerciales pour l'Europe
Rubriques
Essais en débat
Dernières notes
Nuage de mots-clés
allemagne
bakchich
benoît hamon
bernard cassen
bernard phan
chine
club politique autrement
david todd
des sous et des hommes
du grain à moudre
emmanuel todd
etats-unis
euro
europe
fabius
fondapol
fondation res publica
france inter
friedrich list
frédéric boccara
gauche avenir
guerre
guillaume bachelay
hakim el karoui
iphone
jacques sapir
jean-luc gréau
la tribune
le débat
le monde diplomatique
lille
liêm hoang ngoc
m'pep
nouvel observateur
ocde
pascal lamy
pascale fourier
patrick artus
philippe cohen
pierre khalfa
podcast
protectionnisme
ps
raffarin
raphaël wintrebert
revue socialiste
sarkozy
sterdyniak
sénat
villepin
Ecoutez nos podcasts !
-
Tout protectionnisme est-il condamnable?
24/02/2009 22:43 -
Le retour du protectionnisme serait–il une mauvaise nouvelle ?
08/01/2009 12:14 -
Pour un protectionnisme européen (2/2)
30/12/2008 13:21 -
Pour un protectionnisme européen (1/2)
19/12/2008 11:56 -
La crise ! (3/3)
19/12/2008 11:51 -
La crise ! (2/3)
19/12/2008 11:49 -
La crise ! (1/3)
19/12/2008 11:46 -
Emmanuel Todd invité de France Inter mardi 19 juin
19/06/2007 15:05 -
Emmanuel Todd invité de RMC mercredi 4 avril à 8h30
03/04/2007 16:41 -
Le Parti Socialiste et le libre-échange/protectionnisme
13/03/2007 11:32
Archives
Liste de liens
Wikio - protectionnisme
-
EADS : Berlin met en garde les États-Unis contre la tentation protectionniste (Le Blog ENJEUX)
... de manière unilatérale, y compris pou...11/03/2010 17:47 -
EADS / ravitailleurs : haro sur le protectionnisme américain (Usinenouvelle.com)
Passe d’armes oratoires entre les deux rives d...11/03/2010 17:31 -
Blanc bonnet et bonnet blanc! (Jardin politique)
Nicolas SARKOZY, au plus mal dans les sondages,...11/03/2010 17:18 -
Fonds spéculatifs : Bruxelles se défend de tout protectionnisme (Les Echos)
La Commission européenne a confirmé avoir reç...11/03/2010 12:42 -
Avions ravitailleurs : Paris met en garde Washington (Mouvement Démocrate Chrétien)
Protection economique Bravo, Sarkosy . doit s...11/03/2010 11:10
Revue de presse
Entretien d'Emmanuel Todd à La Tribune, 24 juillet 2009.
La Tribune : La crise a révélé de nombreux dysfonctionnements dans l'économie et la finance, vous semble-t-il qu'on en tire les leçons pour le monde de demain ?
Emmanuel Todd : Il y a une ultime vérité qui n'a pas encore été acceptée : la crise provient d'un déficit de la demande à l'échelle mondiale, dont la cause première est le libre-échange. Le libre-échange a rompu l'équilibre entre la production et la consommation, il a conduit les entreprises à considérer leurs salariés comme un coût pur, et les a précipitées dans la compétition par la compression des salaires. L'irruption de la Chine et des pays émergents n'a fait que renforcer ce travers, qui aurait existé sans eux. Dans un monde où l'on comprime les salaires, la demande ne peut provenir que de l'endettement. D'où la crise.
Le libre-échange a aussi des avantages substantiels, il a déclenché une période de forte croissance...
Dans la première phase, il y a bien sûr les économies d'échelle et les bénéfices de la spécialisation, je ne suis pas aveugle à cela. Mais dans la seconde phase, les effets déprimants sur la demande l'emportent, lorsque les entreprises ne considèrent plus leurs salariés comme des consommateurs. Dans nombre de pays développés, les salaires stagnent depuis quinze ans. Le seul élément dynamique était l'endettement du consommateur américain et le déficit extérieur des États-Unis, qui a tiré la planète. Si les plans de relance en cours visent à rétablir un tel système, nous butterons vite sur les mêmes difficultés. D'autant que les difficultés de financement des États vont apparaître. Les investisseurs vont se rendre compte que l'État américain n'est qu'un super-Madoff, l'escroquerie du siècle. Il est tout à fait vraisemblable que l'on assiste à l'effondrement du dollar dans l'année qui vient.
Va-t-on vers le protectionnisme ? Le libre-échange est toujours défendu par les dirigeants du monde entier...
Les classes dirigeantes sont toujours les dernières à comprendre. Je note quand même un changement d'ambiance, les gens ne rient plus lorsqu'on parle de protectionnisme européen. C'est un beau projet, que celui d'une Europe protégée et relançant la demande par les salaires. Cela déclencherait probablement un nouveau cycle d'innovation technologique. Les délocalisations sont en effet un frein à l'innovation, parce qu'elles donnent accès à de vastes réserves de main-d'œuvre sous-qualifiée et sous-payée. Le personnage central du monde protectionniste, c'est l'ingénieur, et non le financier, qui triomphe au contraire dans le monde libre-échangiste. Pour le futur, ce sera ce monde protectionniste ou le chaos. Ou bien d'abord le chaos, et après ce monde-là.
Pourquoi les économistes sont-ils alors unanimes à condamner le protectionnisme ?
Ils sont incapables, malgré leurs efforts récents, de se réapproprier les concepts de la macroéconomie keynésienne, de concevoir la collectivité sociale ou nationale. C'est l'incapacité à penser le collectif qui aveugle notre époque et retarde le règlement de la crise. Cette société molle et atomisée qui est la nôtre n'a d'ailleurs pas que des inconvénients. Cela nous protège des folies collectives du dernier siècle. Malgré le chômage, il n'y a pas de petits bourgeois hystériques dans les rues pour réclamer un régime fasciste ou stalinien... Le niveau éducatif, qui est la variable déterminante de l'évolution d'une société, est aujourd'hui très élevé, même s'il ne progresse plus. Peut-être les évolutions idéologiques seront-elles beaucoup plus rapides et plus intéressantes qu'auparavant, grâce au niveau intellectuel des populations.
Vous êtes donc assez optimiste...
Ce qui m'inquiète, c'est le vieillissement des populations et des mentalités. L'âge médian de nos sociétés s'élève à 45 ans au Japon, 44 ans en Allemagne, 40 en France et 37 aux États-Unis. Et l'âge médian du corps électoral est encore plus élevé, puisqu'il ne comprend pas les moins de 18 ans. Cette évolution va induire un ralentissement de la vie politique et de la pensée. Elle explique le basculement à droite de l'Europe, lors des récentes élections européennes. L'obsession sécuritaire, c'est un problème de vieux qui a peur des jeunes. Regardez les pubs à la télévision, c'est le financement des obsèques, les problèmes d'érection et le cholestérol ! Les publicités en disent davantage sur nous que les sciences sociales. Et ce phénomène de vieillissement est irréversible, partout sur la planète. Même la Chine vieillit à vitesse accélérée.
Ces structures d'âges élevés n'empêchent pas nos sociétés de se moderniser à grande vitesse, au plan technologique...
Oui, ce sont des sociétés vieillies qui ont adopté Internet, et cela plus vite que d'autres, plus jeunes. Il y a certainement un acquis en matière de compétence, de niveau intellectuel, d'adaptabilité, qui devrait nous aider à résoudre cette crise longue. D'autant que se profile un grand moment de l'histoire de l'humanité : l'alphabétisation complète de la planète, qui devrait intervenir vers 2030. L'écriture date de 3.000 avant Jésus-Christ, il aura fallu 5.000 ans et quelque 200 générations pour réaliser ce grand projet. C'est impossible de ne pas être optimiste quand on envisage cela.
Bio express : Emmanuel Todd, né en 1951, est un démographe et un historien français. En 1976, son premier livre ("La Chute finale") pronostiquait l'effondrement du monde soviétique. En 1998, "L'Illusion économique" s'attachait à comprendre les causes de la stagnation des sociétés développées. En 2002, "Après l'empire" analysait le déclin des États-Unis et anticipait une crise financière déclenchée en Amérique.
Source : Latribune.fr.
Emmanuel Todd : Il y a une ultime vérité qui n'a pas encore été acceptée : la crise provient d'un déficit de la demande à l'échelle mondiale, dont la cause première est le libre-échange. Le libre-échange a rompu l'équilibre entre la production et la consommation, il a conduit les entreprises à considérer leurs salariés comme un coût pur, et les a précipitées dans la compétition par la compression des salaires. L'irruption de la Chine et des pays émergents n'a fait que renforcer ce travers, qui aurait existé sans eux. Dans un monde où l'on comprime les salaires, la demande ne peut provenir que de l'endettement. D'où la crise.
Le libre-échange a aussi des avantages substantiels, il a déclenché une période de forte croissance...
Dans la première phase, il y a bien sûr les économies d'échelle et les bénéfices de la spécialisation, je ne suis pas aveugle à cela. Mais dans la seconde phase, les effets déprimants sur la demande l'emportent, lorsque les entreprises ne considèrent plus leurs salariés comme des consommateurs. Dans nombre de pays développés, les salaires stagnent depuis quinze ans. Le seul élément dynamique était l'endettement du consommateur américain et le déficit extérieur des États-Unis, qui a tiré la planète. Si les plans de relance en cours visent à rétablir un tel système, nous butterons vite sur les mêmes difficultés. D'autant que les difficultés de financement des États vont apparaître. Les investisseurs vont se rendre compte que l'État américain n'est qu'un super-Madoff, l'escroquerie du siècle. Il est tout à fait vraisemblable que l'on assiste à l'effondrement du dollar dans l'année qui vient.
Va-t-on vers le protectionnisme ? Le libre-échange est toujours défendu par les dirigeants du monde entier...
Les classes dirigeantes sont toujours les dernières à comprendre. Je note quand même un changement d'ambiance, les gens ne rient plus lorsqu'on parle de protectionnisme européen. C'est un beau projet, que celui d'une Europe protégée et relançant la demande par les salaires. Cela déclencherait probablement un nouveau cycle d'innovation technologique. Les délocalisations sont en effet un frein à l'innovation, parce qu'elles donnent accès à de vastes réserves de main-d'œuvre sous-qualifiée et sous-payée. Le personnage central du monde protectionniste, c'est l'ingénieur, et non le financier, qui triomphe au contraire dans le monde libre-échangiste. Pour le futur, ce sera ce monde protectionniste ou le chaos. Ou bien d'abord le chaos, et après ce monde-là.
Pourquoi les économistes sont-ils alors unanimes à condamner le protectionnisme ?
Ils sont incapables, malgré leurs efforts récents, de se réapproprier les concepts de la macroéconomie keynésienne, de concevoir la collectivité sociale ou nationale. C'est l'incapacité à penser le collectif qui aveugle notre époque et retarde le règlement de la crise. Cette société molle et atomisée qui est la nôtre n'a d'ailleurs pas que des inconvénients. Cela nous protège des folies collectives du dernier siècle. Malgré le chômage, il n'y a pas de petits bourgeois hystériques dans les rues pour réclamer un régime fasciste ou stalinien... Le niveau éducatif, qui est la variable déterminante de l'évolution d'une société, est aujourd'hui très élevé, même s'il ne progresse plus. Peut-être les évolutions idéologiques seront-elles beaucoup plus rapides et plus intéressantes qu'auparavant, grâce au niveau intellectuel des populations.
Vous êtes donc assez optimiste...
Ce qui m'inquiète, c'est le vieillissement des populations et des mentalités. L'âge médian de nos sociétés s'élève à 45 ans au Japon, 44 ans en Allemagne, 40 en France et 37 aux États-Unis. Et l'âge médian du corps électoral est encore plus élevé, puisqu'il ne comprend pas les moins de 18 ans. Cette évolution va induire un ralentissement de la vie politique et de la pensée. Elle explique le basculement à droite de l'Europe, lors des récentes élections européennes. L'obsession sécuritaire, c'est un problème de vieux qui a peur des jeunes. Regardez les pubs à la télévision, c'est le financement des obsèques, les problèmes d'érection et le cholestérol ! Les publicités en disent davantage sur nous que les sciences sociales. Et ce phénomène de vieillissement est irréversible, partout sur la planète. Même la Chine vieillit à vitesse accélérée.
Ces structures d'âges élevés n'empêchent pas nos sociétés de se moderniser à grande vitesse, au plan technologique...
Oui, ce sont des sociétés vieillies qui ont adopté Internet, et cela plus vite que d'autres, plus jeunes. Il y a certainement un acquis en matière de compétence, de niveau intellectuel, d'adaptabilité, qui devrait nous aider à résoudre cette crise longue. D'autant que se profile un grand moment de l'histoire de l'humanité : l'alphabétisation complète de la planète, qui devrait intervenir vers 2030. L'écriture date de 3.000 avant Jésus-Christ, il aura fallu 5.000 ans et quelque 200 générations pour réaliser ce grand projet. C'est impossible de ne pas être optimiste quand on envisage cela.
Bio express : Emmanuel Todd, né en 1951, est un démographe et un historien français. En 1976, son premier livre ("La Chute finale") pronostiquait l'effondrement du monde soviétique. En 1998, "L'Illusion économique" s'attachait à comprendre les causes de la stagnation des sociétés développées. En 2002, "Après l'empire" analysait le déclin des États-Unis et anticipait une crise financière déclenchée en Amérique.
Source : Latribune.fr.
Rédigé par Propos recueillis par François Lenglet le 24 Juillet 2009 à 18:22
|
Permalien
|
Commentaires (1)













