Réflexions et propositions pour des protections commerciales pour l'Europe
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Le Parti Socialiste et le libre-échange/protectionnisme
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Par Bernard Maris (Texte paru sous une forme moins drôle dans le Nouvel Economiste)
Par le petit bout, le tout petit. Faisant partie de ceux qui ont voté oui de l’orée des lèvres, j’ai été très heureux d’apprendre que Monsieur Juppé, partisan du oui, s’avouait finalement heureux que le non fut passé, car « ça permettait enfin de reposer la question de l’Europe. » Bravo, chapeau l’aveu, cinquante après Maurice Faure et la signature du premier traité de Rome, dans les feux mourants de la IVè république ! Enfin, deux générations plus tard, on découvre que l’Europe se fait sans les citoyens, ou plutôt au dessus d’eux, dans des directives qui représentent la majorité du droit imposé à ces mêmes citoyens, sauf que l’Europe ne se fait pas, elle défait, elle détricote : elle défait des histoires industrielles nationales, des monnaies, des cultures, elle détricote ce qui avait constitué cette exception historique appelée « nation ». Et quand elle maintient, quand elle préserve, c’est le pire : une agriculture dévastatrice pour le Nord et pénalisante pour le Sud, subventionnée par la moitié du budget européen qui lui est consacré. L’Europe, c’est celle des paysans croulant sous l’argent public, un peu comme si on disait : « Les Etats-Unis ? Non, c’est pas San Francisco, LA, NYC, la Silicon Valley, les Etats-Unis, c’est le corn belt. » Les Etats-Unis, heureusement pour eux, sont un peu plus que le corn belt.
D’un coté, par une idéologie libérale simpliste qu’on n’osait même plus enseigner dans les années cinquante, au nom de l’imbécile équation « concurrence-efficacité », on donne des coups de pieds dans la fourmilière, de l’autre, par trouille politicienne (largement française d’ailleurs, la France est une pays de milliers de communes rurales, ça compte pour avoir des postes politiques, des places de conseillers généraux qui permettent de briguer le Sénat) on passe la pommade dans le sens des rides. Et on en vient à défendre ces jours ci à Bruxelles la pêche intensive en eaux profondes, ça crée des emplois (oui, pour quelques mois). Cinquante ans que le budget de l’Europe est consacré à l’agriculture, et on voudrait que l’Europe existe ? Mais c’est un miracle qu’elle n’ait pas sombré plus tôt, l’ « Europe » !
Or, si est L’Europe est pratique économique, elle fut d’abord une idée politique. L’idée de Delors, de Schuman, d’Adenauer, de la démocratie chrétienne, plus jamais la guerre. Jacques Delors répétait à qui voulait l’entendre le traumatisme que fut pour lui la débâcle de 40 et la France détruite, à la dérive, proche de la mort. Adenauer évoquait plutôt Berlin rasé. Les grands fondateurs n’avait qu’une volonté (et quel courage quand on y songe !), tendre la main à l’ancien ennemi. Forger le pacte européen sur la volonté de ne plus se détruire. Oublié le Traité de Versailles, la « paix carthaginoise », l’Allemagne « pressée comme un citron jusqu’à ce que les pépins craquent », vive la construction européenne des anciens ennemis : la Belgique, l’Italie, la France, l’Allemagne, auxquels se joignent le Luxembourg et la Hollande.
Au fond, il n’y a que deux réussites en Europe : Erasmus, et l’Euro. Erasmus, l’étudiante qui va de Munich à Barcelone en passant par Paris, c’est l’Europe du bouillonnement de la fin du Moyen âge et de la renaissance, l’Europe des chercheurs, des artistes, des nomades dirait Jacques Attali. Evidemment Erasmus n’est qu’une idée, un début de frémissement, mais un signe heureux du désir d’Europe chez les jeunes. Erasmus dit que l’Europe est possible. Que l’Europe universitaire et que l’Europe de la recherche soient encore dans les limbes depuis cinquante ans de bavasseries sur l’Europe en dit long sur les qualités visionnaires de notre classe politique.
L’Euro maintenant. Contrairement à une idée reçue, l’euro n’est pas une notion économique ou monétaire – oui, bien sûr c’est une notion monétaire ! – mais politique. L’euro fut la grande victoire de Mitterrand négociant avec Kohl : « OK, on vous fout la paix sur la réunification de l’Allemagne, reprenez les prussiens, mais en échange vous abandonnez le mark. » « Quoi ? Le mark ! Cette monnaie hyper solide que nous avons mis tant de temps à fabriquer, qui marque, c’est le cas de le dire, la puissance de l’économie allemande ? Cette monnaie qui vous ruine, vous français, car plus le mark est fort, plus vous payez cher les machines que vous nous achetez ? Cette monnaie qui nous a obligé à construire une « économie-amont », une économie de « price-makers » et non de « price-takers » ? Une économie du cycle vertueux « monnaie forte, croissance forte » ? Pas question ! » « Attention, Kohl, je vais voir les popov, si les popov et les français sont pas d’accord pour le retour des prussiens, ça va être dur, achtung Kohl ! » « Bon. J’accepte. Mais une banque européenne calquée sur la Bundesbank. » « Ca roule ».
Immense succès politique et symbolique de l’euro. Immense. L’une des rares trouilles de Milton Friedman était la naissance de l’euro. La naissance de l’euro posait l’Europe comme puissance.
Malheureusement, la naissance de l’euro s’est accompagné la aussi, d’une forme de gâtisme économique, assez propre à la France, dans la tradition de Pinay. Trichet à la tête de la Banque européenne, c’est une sorte de Super-Pinay, en moins drôle. Pinay avait déjà cassé la croissance industrielle française avec son stupide « plan de stabilisation » dans les années cinquante, à l’époque ou l’industrie français taillait des croupières à sa voisine allemande, et il était normal que Trichet cassât la croissance de la zone euro avec sa doctrine de l’euro fort et de la lutte contre l’inflation qui n’existe pas.
Soumettre la banque centrale européenne au pouvoir politique est bien entendu un acte politique majeur. Depuis Trichet, l’euro a été le cheval de Troie de la mondialisation. La mondialisation ne peut être utilisée à l’avantage de l’Europe, sans une politique active de l’euro (un peu ce qu’on compris les Etats-Unis avec leur dollar, voyez-vous ?)
On dira, oui, mais Airbus, Ariane, beaux succès non ? Mais ce n’est pas l’Europe çà ! c’est la France et l’Allemagne ! Ou plutôt si, c’est l’Europe, la vraie, celle du départ, avec la volonté politique qui pousse. Regardons la débâcle Suez-GDF aujourd’hui ! Qui est capable de construire une Europe de l’énergie ? Personne. Personne, parce qu’il y a vingt cinq européens qui, pour la plupart, n’ont en rien à faire de l’Europe, parce que l’élargissement de l’Europe c’est bien entendu sa dilution dans la mondialisation et l’océan atlantique, ou pacifique, ou plutôt dans une flaque d’eau à Bruxelles ; parce que les hommes politiques, contrairement aux fondateurs, ne savent pas l’Europe qu’ils veulent. Turquie, pas Turquie ? Maghreb ? Tiens, mettons le Maghreb en Europe (DSK) !) Au fait : Europe puissance – auquel cas il faut une véritable politique de défense – ou Europe zone de libre échange (en achetant de préférence américain, d’ailleurs) ? Et le marqueur se place où ? On sait pas. On verra. Revenez dans cinquante ans.
Alors, revenons cinquante ans en arrière.
Le petit bout de la reprise du chantier, c’est le retour à la case départ : la France et l’Allemagne. Et aussi l’Italie et le Benelux, c’est vrai, mais d’abord, la France et l’Allemagne. Le cœur de l’Europe restera l’axe franco-allemand. Que cet axe se brise, et l’Europe est brisée. Les deux modèles sont proches. Les deux nations sont un vieux couple. Si quelque chose peut repartir, c’est de lui. Les deux nations ont dans leur main la zone euro, les « historiques » de l’Europe, plus l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, la Grèce, l’Autriche. L’euro a été un sacrifice essentiel. Après le franc fort, la France a payé très cher cette monnaie forte. De un ou deux points de croissance, et du chômage d’une génération. Seul un nouveau pacte franco-allemand peut relancer l’Europe. Si les Français et les Allemands veulent une Europe puissance, ils l’auront. S’ils se contentent d’une zone de libre échange, qu’ils le disent.
D’un coté, par une idéologie libérale simpliste qu’on n’osait même plus enseigner dans les années cinquante, au nom de l’imbécile équation « concurrence-efficacité », on donne des coups de pieds dans la fourmilière, de l’autre, par trouille politicienne (largement française d’ailleurs, la France est une pays de milliers de communes rurales, ça compte pour avoir des postes politiques, des places de conseillers généraux qui permettent de briguer le Sénat) on passe la pommade dans le sens des rides. Et on en vient à défendre ces jours ci à Bruxelles la pêche intensive en eaux profondes, ça crée des emplois (oui, pour quelques mois). Cinquante ans que le budget de l’Europe est consacré à l’agriculture, et on voudrait que l’Europe existe ? Mais c’est un miracle qu’elle n’ait pas sombré plus tôt, l’ « Europe » !
Or, si est L’Europe est pratique économique, elle fut d’abord une idée politique. L’idée de Delors, de Schuman, d’Adenauer, de la démocratie chrétienne, plus jamais la guerre. Jacques Delors répétait à qui voulait l’entendre le traumatisme que fut pour lui la débâcle de 40 et la France détruite, à la dérive, proche de la mort. Adenauer évoquait plutôt Berlin rasé. Les grands fondateurs n’avait qu’une volonté (et quel courage quand on y songe !), tendre la main à l’ancien ennemi. Forger le pacte européen sur la volonté de ne plus se détruire. Oublié le Traité de Versailles, la « paix carthaginoise », l’Allemagne « pressée comme un citron jusqu’à ce que les pépins craquent », vive la construction européenne des anciens ennemis : la Belgique, l’Italie, la France, l’Allemagne, auxquels se joignent le Luxembourg et la Hollande.
Au fond, il n’y a que deux réussites en Europe : Erasmus, et l’Euro. Erasmus, l’étudiante qui va de Munich à Barcelone en passant par Paris, c’est l’Europe du bouillonnement de la fin du Moyen âge et de la renaissance, l’Europe des chercheurs, des artistes, des nomades dirait Jacques Attali. Evidemment Erasmus n’est qu’une idée, un début de frémissement, mais un signe heureux du désir d’Europe chez les jeunes. Erasmus dit que l’Europe est possible. Que l’Europe universitaire et que l’Europe de la recherche soient encore dans les limbes depuis cinquante ans de bavasseries sur l’Europe en dit long sur les qualités visionnaires de notre classe politique.
L’Euro maintenant. Contrairement à une idée reçue, l’euro n’est pas une notion économique ou monétaire – oui, bien sûr c’est une notion monétaire ! – mais politique. L’euro fut la grande victoire de Mitterrand négociant avec Kohl : « OK, on vous fout la paix sur la réunification de l’Allemagne, reprenez les prussiens, mais en échange vous abandonnez le mark. » « Quoi ? Le mark ! Cette monnaie hyper solide que nous avons mis tant de temps à fabriquer, qui marque, c’est le cas de le dire, la puissance de l’économie allemande ? Cette monnaie qui vous ruine, vous français, car plus le mark est fort, plus vous payez cher les machines que vous nous achetez ? Cette monnaie qui nous a obligé à construire une « économie-amont », une économie de « price-makers » et non de « price-takers » ? Une économie du cycle vertueux « monnaie forte, croissance forte » ? Pas question ! » « Attention, Kohl, je vais voir les popov, si les popov et les français sont pas d’accord pour le retour des prussiens, ça va être dur, achtung Kohl ! » « Bon. J’accepte. Mais une banque européenne calquée sur la Bundesbank. » « Ca roule ».
Immense succès politique et symbolique de l’euro. Immense. L’une des rares trouilles de Milton Friedman était la naissance de l’euro. La naissance de l’euro posait l’Europe comme puissance.
Malheureusement, la naissance de l’euro s’est accompagné la aussi, d’une forme de gâtisme économique, assez propre à la France, dans la tradition de Pinay. Trichet à la tête de la Banque européenne, c’est une sorte de Super-Pinay, en moins drôle. Pinay avait déjà cassé la croissance industrielle française avec son stupide « plan de stabilisation » dans les années cinquante, à l’époque ou l’industrie français taillait des croupières à sa voisine allemande, et il était normal que Trichet cassât la croissance de la zone euro avec sa doctrine de l’euro fort et de la lutte contre l’inflation qui n’existe pas.
Soumettre la banque centrale européenne au pouvoir politique est bien entendu un acte politique majeur. Depuis Trichet, l’euro a été le cheval de Troie de la mondialisation. La mondialisation ne peut être utilisée à l’avantage de l’Europe, sans une politique active de l’euro (un peu ce qu’on compris les Etats-Unis avec leur dollar, voyez-vous ?)
On dira, oui, mais Airbus, Ariane, beaux succès non ? Mais ce n’est pas l’Europe çà ! c’est la France et l’Allemagne ! Ou plutôt si, c’est l’Europe, la vraie, celle du départ, avec la volonté politique qui pousse. Regardons la débâcle Suez-GDF aujourd’hui ! Qui est capable de construire une Europe de l’énergie ? Personne. Personne, parce qu’il y a vingt cinq européens qui, pour la plupart, n’ont en rien à faire de l’Europe, parce que l’élargissement de l’Europe c’est bien entendu sa dilution dans la mondialisation et l’océan atlantique, ou pacifique, ou plutôt dans une flaque d’eau à Bruxelles ; parce que les hommes politiques, contrairement aux fondateurs, ne savent pas l’Europe qu’ils veulent. Turquie, pas Turquie ? Maghreb ? Tiens, mettons le Maghreb en Europe (DSK) !) Au fait : Europe puissance – auquel cas il faut une véritable politique de défense – ou Europe zone de libre échange (en achetant de préférence américain, d’ailleurs) ? Et le marqueur se place où ? On sait pas. On verra. Revenez dans cinquante ans.
Alors, revenons cinquante ans en arrière.
Le petit bout de la reprise du chantier, c’est le retour à la case départ : la France et l’Allemagne. Et aussi l’Italie et le Benelux, c’est vrai, mais d’abord, la France et l’Allemagne. Le cœur de l’Europe restera l’axe franco-allemand. Que cet axe se brise, et l’Europe est brisée. Les deux modèles sont proches. Les deux nations sont un vieux couple. Si quelque chose peut repartir, c’est de lui. Les deux nations ont dans leur main la zone euro, les « historiques » de l’Europe, plus l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, la Grèce, l’Autriche. L’euro a été un sacrifice essentiel. Après le franc fort, la France a payé très cher cette monnaie forte. De un ou deux points de croissance, et du chômage d’une génération. Seul un nouveau pacte franco-allemand peut relancer l’Europe. Si les Français et les Allemands veulent une Europe puissance, ils l’auront. S’ils se contentent d’une zone de libre échange, qu’ils le disent.









