Réflexions et propositions pour des protections commerciales pour l'Europe
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Emmanuel Todd invité de France Inter mardi 19 juin
19/06/2007 15:05 -
Emmanuel Todd invité de RMC mercredi 4 avril à 8h30
03/04/2007 16:41 -
Le Parti Socialiste et le libre-échange/protectionnisme
13/03/2007 11:32
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(Sondage IFOP pour le Manifeste pour un débat sur le Libre-échange)
Une analyse de Jacques Sapir.
L’identification des méfaits du libre-échange sur l’économie française apparaît à une grande majorité de français, à tel point que l’on peut parler d’une prise de conscience massive, dépassant les cadres des partis politiques, et exprimées par quasiment la totalité des couches de la société. L’ancienne opposition entre diplômes et non-diplômés qui avait été mise en avant lors du référendum de 2005 n’existe plus.
Le peuple français oscille entre révolte et résignation, tel est le premier enseignement de ce sondage.
• Ainsi 48% des réponses indiquent que les personnes interrogées sont « révoltées » par la situation économique de la France tandis que 30% d’entre elles sont « résignées ». On ne trouve que 14% de confiants et d’enthousiastes.
• Les catégories sociales où le sentiment de révolte prédomine sont les ouvriers (64%), suivis des artisans et petits commerçants (55%) et des employés (52%). Le sentiment de révolte est le plus faible pour les professions libérales et cadres supérieurs, mais il atteint néanmoins 36%.
I. Un regard critique et argumenté sur la mondialisation et le libre-échange.
La question principale porte sur l’appréciation de l’ouverture des frontières aux marchandises de pays comme la Chine et l’Inde et globalement aux pays émergents. Les résultats témoignent d’un rejet massif de la mondialisation.
Un jugement négatif est partagé par 73% des réponses en ce qui concerne les déficits publics, 78% en ce qui concerne le niveau des salaires et 84% en ce qui concerne l’emploi.
Notons aussi que le pourcentage de réponses indiquant que ces conséquences ont pu être positives voire très positives n’est que de 7%, soit 12 fois moins que le pourcentage estimant que les conséquences sont négatives voire très négatives.
Ce jugement est sans appel. Sur les trois grandes questions qui concernent l’économie, l’emploi, les salaires et les déficits, il se trouve une écrasante majorité de français pour considérer que l’ouverture de l’économie a eu des conséquences néfastes. Très clairement, la « mondialisation heureuse » n’existe que dans certains journaux ou sous certaines plumes.
Le peuple français oscille entre révolte et résignation, tel est le premier enseignement de ce sondage.
• Ainsi 48% des réponses indiquent que les personnes interrogées sont « révoltées » par la situation économique de la France tandis que 30% d’entre elles sont « résignées ». On ne trouve que 14% de confiants et d’enthousiastes.
• Les catégories sociales où le sentiment de révolte prédomine sont les ouvriers (64%), suivis des artisans et petits commerçants (55%) et des employés (52%). Le sentiment de révolte est le plus faible pour les professions libérales et cadres supérieurs, mais il atteint néanmoins 36%.
I. Un regard critique et argumenté sur la mondialisation et le libre-échange.
La question principale porte sur l’appréciation de l’ouverture des frontières aux marchandises de pays comme la Chine et l’Inde et globalement aux pays émergents. Les résultats témoignent d’un rejet massif de la mondialisation.
Un jugement négatif est partagé par 73% des réponses en ce qui concerne les déficits publics, 78% en ce qui concerne le niveau des salaires et 84% en ce qui concerne l’emploi.
Notons aussi que le pourcentage de réponses indiquant que ces conséquences ont pu être positives voire très positives n’est que de 7%, soit 12 fois moins que le pourcentage estimant que les conséquences sont négatives voire très négatives.
Ce jugement est sans appel. Sur les trois grandes questions qui concernent l’économie, l’emploi, les salaires et les déficits, il se trouve une écrasante majorité de français pour considérer que l’ouverture de l’économie a eu des conséquences néfastes. Très clairement, la « mondialisation heureuse » n’existe que dans certains journaux ou sous certaines plumes.
Emmanuel Todd explique pour le journal en ligne Mediapart, ce qu'il entend par "protectionnisme européen". Voici les 3 parties consacrées à ce sujet ci-dessous auquel Todd consacre de longs chapitres dans son dernier essai "Après la démocratie"(Gallimard, 2008).
Par Bernard Maris (Texte paru sous une forme moins drôle dans le Nouvel Economiste)
Par le petit bout, le tout petit. Faisant partie de ceux qui ont voté oui de l’orée des lèvres, j’ai été très heureux d’apprendre que Monsieur Juppé, partisan du oui, s’avouait finalement heureux que le non fut passé, car « ça permettait enfin de reposer la question de l’Europe. » Bravo, chapeau l’aveu, cinquante après Maurice Faure et la signature du premier traité de Rome, dans les feux mourants de la IVè république ! Enfin, deux générations plus tard, on découvre que l’Europe se fait sans les citoyens, ou plutôt au dessus d’eux, dans des directives qui représentent la majorité du droit imposé à ces mêmes citoyens, sauf que l’Europe ne se fait pas, elle défait, elle détricote : elle défait des histoires industrielles nationales, des monnaies, des cultures, elle détricote ce qui avait constitué cette exception historique appelée « nation ». Et quand elle maintient, quand elle préserve, c’est le pire : une agriculture dévastatrice pour le Nord et pénalisante pour le Sud, subventionnée par la moitié du budget européen qui lui est consacré. L’Europe, c’est celle des paysans croulant sous l’argent public, un peu comme si on disait : « Les Etats-Unis ? Non, c’est pas San Francisco, LA, NYC, la Silicon Valley, les Etats-Unis, c’est le corn belt. » Les Etats-Unis, heureusement pour eux, sont un peu plus que le corn belt.
D’un coté, par une idéologie libérale simpliste qu’on n’osait même plus enseigner dans les années cinquante, au nom de l’imbécile équation « concurrence-efficacité », on donne des coups de pieds dans la fourmilière, de l’autre, par trouille politicienne (largement française d’ailleurs, la France est une pays de milliers de communes rurales, ça compte pour avoir des postes politiques, des places de conseillers généraux qui permettent de briguer le Sénat) on passe la pommade dans le sens des rides. Et on en vient à défendre ces jours ci à Bruxelles la pêche intensive en eaux profondes, ça crée des emplois (oui, pour quelques mois). Cinquante ans que le budget de l’Europe est consacré à l’agriculture, et on voudrait que l’Europe existe ? Mais c’est un miracle qu’elle n’ait pas sombré plus tôt, l’ « Europe » !
Or, si est L’Europe est pratique économique, elle fut d’abord une idée politique. L’idée de Delors, de Schuman, d’Adenauer, de la démocratie chrétienne, plus jamais la guerre. Jacques Delors répétait à qui voulait l’entendre le traumatisme que fut pour lui la débâcle de 40 et la France détruite, à la dérive, proche de la mort. Adenauer évoquait plutôt Berlin rasé. Les grands fondateurs n’avait qu’une volonté (et quel courage quand on y songe !), tendre la main à l’ancien ennemi. Forger le pacte européen sur la volonté de ne plus se détruire. Oublié le Traité de Versailles, la « paix carthaginoise », l’Allemagne « pressée comme un citron jusqu’à ce que les pépins craquent », vive la construction européenne des anciens ennemis : la Belgique, l’Italie, la France, l’Allemagne, auxquels se joignent le Luxembourg et la Hollande.
Au fond, il n’y a que deux réussites en Europe : Erasmus, et l’Euro. Erasmus, l’étudiante qui va de Munich à Barcelone en passant par Paris, c’est l’Europe du bouillonnement de la fin du Moyen âge et de la renaissance, l’Europe des chercheurs, des artistes, des nomades dirait Jacques Attali. Evidemment Erasmus n’est qu’une idée, un début de frémissement, mais un signe heureux du désir d’Europe chez les jeunes. Erasmus dit que l’Europe est possible. Que l’Europe universitaire et que l’Europe de la recherche soient encore dans les limbes depuis cinquante ans de bavasseries sur l’Europe en dit long sur les qualités visionnaires de notre classe politique.
L’Euro maintenant. Contrairement à une idée reçue, l’euro n’est pas une notion économique ou monétaire – oui, bien sûr c’est une notion monétaire ! – mais politique. L’euro fut la grande victoire de Mitterrand négociant avec Kohl : « OK, on vous fout la paix sur la réunification de l’Allemagne, reprenez les prussiens, mais en échange vous abandonnez le mark. » « Quoi ? Le mark ! Cette monnaie hyper solide que nous avons mis tant de temps à fabriquer, qui marque, c’est le cas de le dire, la puissance de l’économie allemande ? Cette monnaie qui vous ruine, vous français, car plus le mark est fort, plus vous payez cher les machines que vous nous achetez ? Cette monnaie qui nous a obligé à construire une « économie-amont », une économie de « price-makers » et non de « price-takers » ? Une économie du cycle vertueux « monnaie forte, croissance forte » ? Pas question ! » « Attention, Kohl, je vais voir les popov, si les popov et les français sont pas d’accord pour le retour des prussiens, ça va être dur, achtung Kohl ! » « Bon. J’accepte. Mais une banque européenne calquée sur la Bundesbank. » « Ca roule ».
Immense succès politique et symbolique de l’euro. Immense. L’une des rares trouilles de Milton Friedman était la naissance de l’euro. La naissance de l’euro posait l’Europe comme puissance.
Malheureusement, la naissance de l’euro s’est accompagné la aussi, d’une forme de gâtisme économique, assez propre à la France, dans la tradition de Pinay. Trichet à la tête de la Banque européenne, c’est une sorte de Super-Pinay, en moins drôle. Pinay avait déjà cassé la croissance industrielle française avec son stupide « plan de stabilisation » dans les années cinquante, à l’époque ou l’industrie français taillait des croupières à sa voisine allemande, et il était normal que Trichet cassât la croissance de la zone euro avec sa doctrine de l’euro fort et de la lutte contre l’inflation qui n’existe pas.
Soumettre la banque centrale européenne au pouvoir politique est bien entendu un acte politique majeur. Depuis Trichet, l’euro a été le cheval de Troie de la mondialisation. La mondialisation ne peut être utilisée à l’avantage de l’Europe, sans une politique active de l’euro (un peu ce qu’on compris les Etats-Unis avec leur dollar, voyez-vous ?)
On dira, oui, mais Airbus, Ariane, beaux succès non ? Mais ce n’est pas l’Europe çà ! c’est la France et l’Allemagne ! Ou plutôt si, c’est l’Europe, la vraie, celle du départ, avec la volonté politique qui pousse. Regardons la débâcle Suez-GDF aujourd’hui ! Qui est capable de construire une Europe de l’énergie ? Personne. Personne, parce qu’il y a vingt cinq européens qui, pour la plupart, n’ont en rien à faire de l’Europe, parce que l’élargissement de l’Europe c’est bien entendu sa dilution dans la mondialisation et l’océan atlantique, ou pacifique, ou plutôt dans une flaque d’eau à Bruxelles ; parce que les hommes politiques, contrairement aux fondateurs, ne savent pas l’Europe qu’ils veulent. Turquie, pas Turquie ? Maghreb ? Tiens, mettons le Maghreb en Europe (DSK) !) Au fait : Europe puissance – auquel cas il faut une véritable politique de défense – ou Europe zone de libre échange (en achetant de préférence américain, d’ailleurs) ? Et le marqueur se place où ? On sait pas. On verra. Revenez dans cinquante ans.
Alors, revenons cinquante ans en arrière.
Le petit bout de la reprise du chantier, c’est le retour à la case départ : la France et l’Allemagne. Et aussi l’Italie et le Benelux, c’est vrai, mais d’abord, la France et l’Allemagne. Le cœur de l’Europe restera l’axe franco-allemand. Que cet axe se brise, et l’Europe est brisée. Les deux modèles sont proches. Les deux nations sont un vieux couple. Si quelque chose peut repartir, c’est de lui. Les deux nations ont dans leur main la zone euro, les « historiques » de l’Europe, plus l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, la Grèce, l’Autriche. L’euro a été un sacrifice essentiel. Après le franc fort, la France a payé très cher cette monnaie forte. De un ou deux points de croissance, et du chômage d’une génération. Seul un nouveau pacte franco-allemand peut relancer l’Europe. Si les Français et les Allemands veulent une Europe puissance, ils l’auront. S’ils se contentent d’une zone de libre échange, qu’ils le disent.
D’un coté, par une idéologie libérale simpliste qu’on n’osait même plus enseigner dans les années cinquante, au nom de l’imbécile équation « concurrence-efficacité », on donne des coups de pieds dans la fourmilière, de l’autre, par trouille politicienne (largement française d’ailleurs, la France est une pays de milliers de communes rurales, ça compte pour avoir des postes politiques, des places de conseillers généraux qui permettent de briguer le Sénat) on passe la pommade dans le sens des rides. Et on en vient à défendre ces jours ci à Bruxelles la pêche intensive en eaux profondes, ça crée des emplois (oui, pour quelques mois). Cinquante ans que le budget de l’Europe est consacré à l’agriculture, et on voudrait que l’Europe existe ? Mais c’est un miracle qu’elle n’ait pas sombré plus tôt, l’ « Europe » !
Or, si est L’Europe est pratique économique, elle fut d’abord une idée politique. L’idée de Delors, de Schuman, d’Adenauer, de la démocratie chrétienne, plus jamais la guerre. Jacques Delors répétait à qui voulait l’entendre le traumatisme que fut pour lui la débâcle de 40 et la France détruite, à la dérive, proche de la mort. Adenauer évoquait plutôt Berlin rasé. Les grands fondateurs n’avait qu’une volonté (et quel courage quand on y songe !), tendre la main à l’ancien ennemi. Forger le pacte européen sur la volonté de ne plus se détruire. Oublié le Traité de Versailles, la « paix carthaginoise », l’Allemagne « pressée comme un citron jusqu’à ce que les pépins craquent », vive la construction européenne des anciens ennemis : la Belgique, l’Italie, la France, l’Allemagne, auxquels se joignent le Luxembourg et la Hollande.
Au fond, il n’y a que deux réussites en Europe : Erasmus, et l’Euro. Erasmus, l’étudiante qui va de Munich à Barcelone en passant par Paris, c’est l’Europe du bouillonnement de la fin du Moyen âge et de la renaissance, l’Europe des chercheurs, des artistes, des nomades dirait Jacques Attali. Evidemment Erasmus n’est qu’une idée, un début de frémissement, mais un signe heureux du désir d’Europe chez les jeunes. Erasmus dit que l’Europe est possible. Que l’Europe universitaire et que l’Europe de la recherche soient encore dans les limbes depuis cinquante ans de bavasseries sur l’Europe en dit long sur les qualités visionnaires de notre classe politique.
L’Euro maintenant. Contrairement à une idée reçue, l’euro n’est pas une notion économique ou monétaire – oui, bien sûr c’est une notion monétaire ! – mais politique. L’euro fut la grande victoire de Mitterrand négociant avec Kohl : « OK, on vous fout la paix sur la réunification de l’Allemagne, reprenez les prussiens, mais en échange vous abandonnez le mark. » « Quoi ? Le mark ! Cette monnaie hyper solide que nous avons mis tant de temps à fabriquer, qui marque, c’est le cas de le dire, la puissance de l’économie allemande ? Cette monnaie qui vous ruine, vous français, car plus le mark est fort, plus vous payez cher les machines que vous nous achetez ? Cette monnaie qui nous a obligé à construire une « économie-amont », une économie de « price-makers » et non de « price-takers » ? Une économie du cycle vertueux « monnaie forte, croissance forte » ? Pas question ! » « Attention, Kohl, je vais voir les popov, si les popov et les français sont pas d’accord pour le retour des prussiens, ça va être dur, achtung Kohl ! » « Bon. J’accepte. Mais une banque européenne calquée sur la Bundesbank. » « Ca roule ».
Immense succès politique et symbolique de l’euro. Immense. L’une des rares trouilles de Milton Friedman était la naissance de l’euro. La naissance de l’euro posait l’Europe comme puissance.
Malheureusement, la naissance de l’euro s’est accompagné la aussi, d’une forme de gâtisme économique, assez propre à la France, dans la tradition de Pinay. Trichet à la tête de la Banque européenne, c’est une sorte de Super-Pinay, en moins drôle. Pinay avait déjà cassé la croissance industrielle française avec son stupide « plan de stabilisation » dans les années cinquante, à l’époque ou l’industrie français taillait des croupières à sa voisine allemande, et il était normal que Trichet cassât la croissance de la zone euro avec sa doctrine de l’euro fort et de la lutte contre l’inflation qui n’existe pas.
Soumettre la banque centrale européenne au pouvoir politique est bien entendu un acte politique majeur. Depuis Trichet, l’euro a été le cheval de Troie de la mondialisation. La mondialisation ne peut être utilisée à l’avantage de l’Europe, sans une politique active de l’euro (un peu ce qu’on compris les Etats-Unis avec leur dollar, voyez-vous ?)
On dira, oui, mais Airbus, Ariane, beaux succès non ? Mais ce n’est pas l’Europe çà ! c’est la France et l’Allemagne ! Ou plutôt si, c’est l’Europe, la vraie, celle du départ, avec la volonté politique qui pousse. Regardons la débâcle Suez-GDF aujourd’hui ! Qui est capable de construire une Europe de l’énergie ? Personne. Personne, parce qu’il y a vingt cinq européens qui, pour la plupart, n’ont en rien à faire de l’Europe, parce que l’élargissement de l’Europe c’est bien entendu sa dilution dans la mondialisation et l’océan atlantique, ou pacifique, ou plutôt dans une flaque d’eau à Bruxelles ; parce que les hommes politiques, contrairement aux fondateurs, ne savent pas l’Europe qu’ils veulent. Turquie, pas Turquie ? Maghreb ? Tiens, mettons le Maghreb en Europe (DSK) !) Au fait : Europe puissance – auquel cas il faut une véritable politique de défense – ou Europe zone de libre échange (en achetant de préférence américain, d’ailleurs) ? Et le marqueur se place où ? On sait pas. On verra. Revenez dans cinquante ans.
Alors, revenons cinquante ans en arrière.
Le petit bout de la reprise du chantier, c’est le retour à la case départ : la France et l’Allemagne. Et aussi l’Italie et le Benelux, c’est vrai, mais d’abord, la France et l’Allemagne. Le cœur de l’Europe restera l’axe franco-allemand. Que cet axe se brise, et l’Europe est brisée. Les deux modèles sont proches. Les deux nations sont un vieux couple. Si quelque chose peut repartir, c’est de lui. Les deux nations ont dans leur main la zone euro, les « historiques » de l’Europe, plus l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, la Grèce, l’Autriche. L’euro a été un sacrifice essentiel. Après le franc fort, la France a payé très cher cette monnaie forte. De un ou deux points de croissance, et du chômage d’une génération. Seul un nouveau pacte franco-allemand peut relancer l’Europe. Si les Français et les Allemands veulent une Europe puissance, ils l’auront. S’ils se contentent d’une zone de libre échange, qu’ils le disent.
David Cayla (Paris 1), Bernard Gerbier (Grenoble 2 ), Jean-Luc Gréau, Edouard Husson (Strasbourg), Gérard Lafay (Paris 2), Jacques Sapir (EHESS) s'engagent contre le libre échange.
article Défi Public.pdf
(102.59 Ko)
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par David Cayla, article paru dans Parti pris n°30, février 2007
La croissance exponentielle des échanges et la dérégulation du commerce international risquent de coûter très cher aux pays occidentaux et s’avèrent incapables de porter un modèle de développement soutenable pour les pays pauvres.
La nouvelle mondialisation commence au début des années 90, lorsque la croissance du commerce international passe d’un rythme de croissance 50% plus rapide que celle de la moyenne de la production mondiale (taux à peu près constant depuis 1945) à une croissance 130% plus rapide que celle du PIB mondial. On peut s’interroger sur les raisons de ce changement. Certes, la baisse considérable des coûts des transports et le développement des nouvelles technologies de communication y ont certainement contribués. Mais la libéralisation de la finance internationale, la baisse des tarifs douaniers et les plans d’ajustement structurels du FMI l’ont aussi grandement favorisé.
Lire l'article intégral au format PDF ci-dessous.
La nouvelle mondialisation commence au début des années 90, lorsque la croissance du commerce international passe d’un rythme de croissance 50% plus rapide que celle de la moyenne de la production mondiale (taux à peu près constant depuis 1945) à une croissance 130% plus rapide que celle du PIB mondial. On peut s’interroger sur les raisons de ce changement. Certes, la baisse considérable des coûts des transports et le développement des nouvelles technologies de communication y ont certainement contribués. Mais la libéralisation de la finance internationale, la baisse des tarifs douaniers et les plans d’ajustement structurels du FMI l’ont aussi grandement favorisé.
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parti-pris-30.pdf
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Jacques Sapir, économiste, directeur de recherche à l'EHESS, a souhaité réagir au texte de Philippe Martin paru le 8 janvier dans Libération.
L'article qui suit à été publié par Libération le 10 janvier sous le titre "Les mauvais arguments du libre-échange".
La tribune publiée lundi 8 janvier par Philippe Martin “le protectionnisme masque l’impuissance du politique” soulève chez un économiste conscient des enjeux du débat qui s’engage un profond malaise.
Une partie du malaise tient à la forme même de l’argumentation. Martin récuse les arguments d’Emmanuel Todd et Hakim El Karoui au nom de la science économique, tout en reconnaissant que les travaux actuels interdisent tout jugement normatif en faveur du libre-échange. Quand une discipline voit ainsi se déliter une partie de son argumentaire, elle gagnerait sans doute à écouter des auteurs venant d’autres disciplines toutes aussi légitimes comme la démographie (Todd) ou la géographie (El Karoui).
Mais, le malaise provient aussi du fond de l’argumentation. On trouve dans le texte de Martin une vérité et beaucoup d’hypocrisies. La vérité, que nul ne conteste, est que tous les problèmes de l’économie française ne sont pas réductibles aux seuls effets du libre-échange. Cependant, une fois que l’on a dit cela, on n’a nullement montré que le libre-échange n’était pas un de ces problèmes.
Les hypocrisies viennent ensuite. Martin prétend que l’économie internationale a réalisé sa grande mutation avec l’irruption de nouveaux paradigmes. Ces travaux existent mais force est de contester qu’ils sont absents des outils dont on se sert pour « justifier » les bienfaits du libre-échange. Les modèles LINKAGE (Banque Mondiale) et GTAP utilisés pour évaluer ces effets sont ce que l’on appelle des modèles d’équilibre général calculable. Ils ont donc recours aux hypothèses les plus anciennes et les plus invalidées de la théorie économique, si on en croit justement les travaux récents. Leurs résultats sont plus que sujets à caution ; qu’on en juge :
En 2003, LINKAGE annonçait que les gains du libre-échange s’établiraient à 832 milliards de dollars pour l’ensemble du monde et 539 milliards pour les pays en voie de développement. En 2005, l’estimation était ramenée à respectivement 287 et 90 milliards de dollars. Le modèle GTAP, dont les hypothèses sont nettement plus réalistes est quand à lui passé d’une estimation des gains totaux de 254 à 84 milliards de dollars, et en ce qui concerne les PVD de 108 à 22 milliards. Un autre modèle, estimait suite à une nouvelle révision, que l’application du « cycle de Doha » se solderait par une perte nette pour les PVD dans le domaine agricole.
Il y a beaucoup plus grave. Les partisans du libre-échange nous présentent des résultats qui omettent les « coûts » de la libéralisation. En ce qui concerne les PVD, on sait que l’application des nouveaux accords coûtera 4,4 milliards de dépenses administratives supplémentaires et fera disparaître pour 60 milliards de revenus fiscaux (données de la CNUCED). On objectera que des revenus fiscaux sont un prélèvement et non une création de valeur. Ce à quoi on peut répondre que ce prélèvement est dépensé, et en général dans des activités fortement créatrices de valeur (éducation, recherche, santé).
Dans le cas de la France, une estimation du coût de la libéralisation est aussi possible. Il faut ici ajouter que le problème ne vient pas seulement des pays à bas salaires, mais de pays dont la productivité est aujourd’hui proche de la notre mais qui jouent la carte de la prédation par un « moins disant-moins coûtant » social et écologique. Dans ce cadre, on peut inclure dans les coûts supportés par l’économie française les 25 milliards d’Euros de subventions aux bas salaires (32,5 milliards de dollars) ainsi que les coûts issus du développement des maladies induites par le stress, suite à l’accroissement de la concurrence et de la précarisation des emplois. Ce coût est estimé en France entre 24 et 76 milliards d’Euros. En admettant – par prudence - que les effets de la libéralisation n’expliquent qu’un tiers de ces coûts, nous serions entre 32 et 50 milliards d’euros de coûts annuels.
Mais, cette évaluation n’est qu’une étape. Si ces sommes ne devaient pas être dépensées pour compenser les effets de la libéralisation des échanges, elles pourraient être investies ailleurs, par exemple dans la recherche afin d’accroître la compétitivité de l’économie française. La comparaison est ici accablante. Le gouvernement engage aujourd’hui 2 milliards d’euros dans les pôles de compétitivité…
Ainsi, on considèrerait avec plus de sérieux le discours en faveur du libre-échange si les économistes qui le tiennent avaient l’honnêteté de le fonder sur des modèles autres que ceux qu’ils utilisent – et dont le biais implicite en faveur du libre-échange est flagrant – et s’ils incluaient l’ensemble des coûts (coûts directs et coûts d’opportunité) dans leurs calculs. Ceci est parfaitement faisable. Une première estimation partielle sur l’économie française, faite avec un modèle dit « de croissance endogène » suggère un coût d’opportunité compris entre 1,5% et 2,5% du PIB annuel par année.
La logique du libre-échange est celle de la concurrence établie comme paradigme central, justement ce qui a été récusé par les travaux de Stiglitz et Akerlof. Qu’ils n’en tirent pas toutes les conséquences politiques est leur problème. Les économistes savent, depuis les travaux de Mordecai Ezekiel (1922 et 1937), que si l’ajustement de l’offre et de la demande ne sont pas synchrones, alors la concurrence induit des déséquilibres croissants.
Rejeter l’option protectionniste (qui n’est en rien l’autarcie) au nom du « savoir économique » témoigne soit de l’ignorance, soit de la volonté de tenir un propos avant tout idéologique. Si les partisans du libre-échange veulent convaincre de leur bonne fois, ils doivent d’urgence changer de méthodes et se livrer honnêtement à la prise en compte de tous les coûts, directs et indirects, de la libéralisation. L’article de Philippe Martin, comme ceux qui dans d’autres journaux l’ont précédé montre que nous en sommes hélas encore loin.
La tribune publiée lundi 8 janvier par Philippe Martin “le protectionnisme masque l’impuissance du politique” soulève chez un économiste conscient des enjeux du débat qui s’engage un profond malaise.
Une partie du malaise tient à la forme même de l’argumentation. Martin récuse les arguments d’Emmanuel Todd et Hakim El Karoui au nom de la science économique, tout en reconnaissant que les travaux actuels interdisent tout jugement normatif en faveur du libre-échange. Quand une discipline voit ainsi se déliter une partie de son argumentaire, elle gagnerait sans doute à écouter des auteurs venant d’autres disciplines toutes aussi légitimes comme la démographie (Todd) ou la géographie (El Karoui).
Mais, le malaise provient aussi du fond de l’argumentation. On trouve dans le texte de Martin une vérité et beaucoup d’hypocrisies. La vérité, que nul ne conteste, est que tous les problèmes de l’économie française ne sont pas réductibles aux seuls effets du libre-échange. Cependant, une fois que l’on a dit cela, on n’a nullement montré que le libre-échange n’était pas un de ces problèmes.
Les hypocrisies viennent ensuite. Martin prétend que l’économie internationale a réalisé sa grande mutation avec l’irruption de nouveaux paradigmes. Ces travaux existent mais force est de contester qu’ils sont absents des outils dont on se sert pour « justifier » les bienfaits du libre-échange. Les modèles LINKAGE (Banque Mondiale) et GTAP utilisés pour évaluer ces effets sont ce que l’on appelle des modèles d’équilibre général calculable. Ils ont donc recours aux hypothèses les plus anciennes et les plus invalidées de la théorie économique, si on en croit justement les travaux récents. Leurs résultats sont plus que sujets à caution ; qu’on en juge :
En 2003, LINKAGE annonçait que les gains du libre-échange s’établiraient à 832 milliards de dollars pour l’ensemble du monde et 539 milliards pour les pays en voie de développement. En 2005, l’estimation était ramenée à respectivement 287 et 90 milliards de dollars. Le modèle GTAP, dont les hypothèses sont nettement plus réalistes est quand à lui passé d’une estimation des gains totaux de 254 à 84 milliards de dollars, et en ce qui concerne les PVD de 108 à 22 milliards. Un autre modèle, estimait suite à une nouvelle révision, que l’application du « cycle de Doha » se solderait par une perte nette pour les PVD dans le domaine agricole.
Il y a beaucoup plus grave. Les partisans du libre-échange nous présentent des résultats qui omettent les « coûts » de la libéralisation. En ce qui concerne les PVD, on sait que l’application des nouveaux accords coûtera 4,4 milliards de dépenses administratives supplémentaires et fera disparaître pour 60 milliards de revenus fiscaux (données de la CNUCED). On objectera que des revenus fiscaux sont un prélèvement et non une création de valeur. Ce à quoi on peut répondre que ce prélèvement est dépensé, et en général dans des activités fortement créatrices de valeur (éducation, recherche, santé).
Dans le cas de la France, une estimation du coût de la libéralisation est aussi possible. Il faut ici ajouter que le problème ne vient pas seulement des pays à bas salaires, mais de pays dont la productivité est aujourd’hui proche de la notre mais qui jouent la carte de la prédation par un « moins disant-moins coûtant » social et écologique. Dans ce cadre, on peut inclure dans les coûts supportés par l’économie française les 25 milliards d’Euros de subventions aux bas salaires (32,5 milliards de dollars) ainsi que les coûts issus du développement des maladies induites par le stress, suite à l’accroissement de la concurrence et de la précarisation des emplois. Ce coût est estimé en France entre 24 et 76 milliards d’Euros. En admettant – par prudence - que les effets de la libéralisation n’expliquent qu’un tiers de ces coûts, nous serions entre 32 et 50 milliards d’euros de coûts annuels.
Mais, cette évaluation n’est qu’une étape. Si ces sommes ne devaient pas être dépensées pour compenser les effets de la libéralisation des échanges, elles pourraient être investies ailleurs, par exemple dans la recherche afin d’accroître la compétitivité de l’économie française. La comparaison est ici accablante. Le gouvernement engage aujourd’hui 2 milliards d’euros dans les pôles de compétitivité…
Ainsi, on considèrerait avec plus de sérieux le discours en faveur du libre-échange si les économistes qui le tiennent avaient l’honnêteté de le fonder sur des modèles autres que ceux qu’ils utilisent – et dont le biais implicite en faveur du libre-échange est flagrant – et s’ils incluaient l’ensemble des coûts (coûts directs et coûts d’opportunité) dans leurs calculs. Ceci est parfaitement faisable. Une première estimation partielle sur l’économie française, faite avec un modèle dit « de croissance endogène » suggère un coût d’opportunité compris entre 1,5% et 2,5% du PIB annuel par année.
La logique du libre-échange est celle de la concurrence établie comme paradigme central, justement ce qui a été récusé par les travaux de Stiglitz et Akerlof. Qu’ils n’en tirent pas toutes les conséquences politiques est leur problème. Les économistes savent, depuis les travaux de Mordecai Ezekiel (1922 et 1937), que si l’ajustement de l’offre et de la demande ne sont pas synchrones, alors la concurrence induit des déséquilibres croissants.
Rejeter l’option protectionniste (qui n’est en rien l’autarcie) au nom du « savoir économique » témoigne soit de l’ignorance, soit de la volonté de tenir un propos avant tout idéologique. Si les partisans du libre-échange veulent convaincre de leur bonne fois, ils doivent d’urgence changer de méthodes et se livrer honnêtement à la prise en compte de tous les coûts, directs et indirects, de la libéralisation. L’article de Philippe Martin, comme ceux qui dans d’autres journaux l’ont précédé montre que nous en sommes hélas encore loin.
Pour un protectionnisme européen - Réflexions et propositions pour des protections commerciales pour l'Europe









