Réflexions et propositions pour des protections commerciales pour l'Europe
Rubriques
Essais en débat
Dernières notes
Nuage de mots-clés
bernard cassen
chine
christian saint etienne
club politique autrement
conseil scientifique
david todd
des sous et des hommes
démocratie
edhec
emmanuel todd
europe
fondapol
fondation res publica
friedrich list
guerre
hakim el karoui
innovation
ipod
ires
jacques sapir
jean-luc gréau
jean-marc siroën
le figaro magazine
le monde diplomatique
libre-échange
liêm hoang ngoc
luc richard
maurice allais
michel husson
mireille azzoug
modem
monde d'avance
mondialisation
médiapart
nicolas baverez
pascal lamy
pascale fourier
paul krugman
philipp baumel
philippe cohen
podcast
protectionnisme
préférence européenne
présidentielle
ps
radio
raphaël wintrebert
rmc
ump
védrine
Ecoutez nos podcasts !
-
Tout protectionnisme est-il condamnable?
24/02/2009 22:43 -
Le retour du protectionnisme serait–il une mauvaise nouvelle ?
08/01/2009 12:14 -
Pour un protectionnisme européen (2/2)
30/12/2008 13:21 -
Pour un protectionnisme européen (1/2)
19/12/2008 11:56 -
La crise ! (3/3)
19/12/2008 11:51 -
La crise ! (2/3)
19/12/2008 11:49 -
La crise ! (1/3)
19/12/2008 11:46 -
Emmanuel Todd invité de France Inter mardi 19 juin
19/06/2007 15:05 -
Emmanuel Todd invité de RMC mercredi 4 avril à 8h30
03/04/2007 16:41 -
Le Parti Socialiste et le libre-échange/protectionnisme
13/03/2007 11:32
Archives
Liste de liens
Wikio - protectionnisme
-
L’UMP est bien à droite, le PS n’est plus de gauche (Un blogue de plus)
... ce n’est pas encore le cas. Le PS a encore d...30/07/2010 19:11 -
La rigueur c’est le protectionnisme d’aujourd’hui (2/2) (Marianne2.fr)
Marianne2 publie le second volet de l'intervie...30/07/2010 12:01 -
Les théories mercantilistes : origines, application, etc. (Nouveautés Oodoc)
... à diverses perturbations, telles que le...29/07/2010 17:12 -
La rigueur c’est le protectionnisme d’aujourd’hui (1/2) (Marianne2.fr)
Marianne2 publie le premier volet de l'intervie...29/07/2010 12:01 -
Protectionnisme linguistique (L’oreille tendue)
Vous faites des photocopies ? Chez l’Oncle Sam...29/07/2010 11:33
Revue de presse
Tribune de Hakim El Karoui, banquier d'affaires et essayiste, et Emmanuel Todd, historien et démographe, parue dans le quotidien La Tribune, mardi 11 mai 2010.
L'Europe doute et cherche des boucs émissaires. Le vrai problème, c'est la crise économique et l'Europe n'a pas de modèle de sortie de crise. Ce qui nous attend, c'est une récession sans fin. Il est temps de nous attaquer à l'atonie de notre demande intérieure et de promouvoir une régulation continentale des échanges commerciaux par un protectionnisme européen raisonnable.
Une nouvelle forme de xénophobie politique - diverse mais constante dans son orientation Nord-Sud - ravage l'Europe. Les politiciens flamands ne veulent plus des Wallons, ces pauvres du Sud. Le gouvernement français se passionne tout d'un coup pour la burqa et la polygamie, problèmes statistiquement marginaux, et tente d'activer le ressentiment contre des Français venus du Sud. Les hommes politiques de l'Europe du Nord, conservateurs allemands en tête, nous proposent de rejeter hors de la zone euro, ou de mettre en tutelle financière, des Européens du Sud - Grecs, Portugais, ou Espagnols ou Italiens - s'ils ne se tiennent pas bien : "pourquoi soutenir des "Pigs" en qui on ne peut avoir confiance, ces pays du "Club Med" qui n'auraient peut-être jamais dû rentrer dans l'euro ?" C'est la question posée à Londres, c'est la question posée à Francfort.
Pour le moment, les peuples ne suivent pas. La France a déjà montré, lors des élections régionales, qu'elle n'était guère sensible à la question de l'identité nationale. Mais l'obstination de son gouvernement à activer les thématiques ethniques, le passage instantané de l'identité nationale à la burqa et à la polygamie conduit à une nouvelle inquiétude. Nos gouvernants sont-ils à ce point égarés qu'ils cherchent à se rassurer eux-mêmes en traquant une inexistante menace religieuse ? Que de temps perdu ! La division, la recherche du bouc émissaire, la xénophobie disent l'incertitude française, l'incertitude européenne. Déchirons-nous, trouvons des responsables, identifions-les ethniquement, persuadons-nous qu'ils sont fondamentalement différents de nous, et surtout, surtout, évitons de parler du vrai problème.
Pour le moment, les peuples ne suivent pas. La France a déjà montré, lors des élections régionales, qu'elle n'était guère sensible à la question de l'identité nationale. Mais l'obstination de son gouvernement à activer les thématiques ethniques, le passage instantané de l'identité nationale à la burqa et à la polygamie conduit à une nouvelle inquiétude. Nos gouvernants sont-ils à ce point égarés qu'ils cherchent à se rassurer eux-mêmes en traquant une inexistante menace religieuse ? Que de temps perdu ! La division, la recherche du bouc émissaire, la xénophobie disent l'incertitude française, l'incertitude européenne. Déchirons-nous, trouvons des responsables, identifions-les ethniquement, persuadons-nous qu'ils sont fondamentalement différents de nous, et surtout, surtout, évitons de parler du vrai problème.
Revue de presse
Tribune de Maurice Allais, parue dans l'hebdomadaire Marianne du 5 au 11 décembre 2009.
Le point de vue que j'exprime est celui d'un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m'apparaît fausse, artificielle. L'idéal socialiste consiste à s'intéresser à l'équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l'efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d'une même doctrine. Et c'est précisément à ce titre de libéral que je m'autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d'un libre-échangisme appliqué aveuglément.
Le fondement de la crise: L'organisation du commerce mondial
La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme », dénonciation absurde à chaque fois qu'elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d'être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j'ai par le passé nommé « des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années» (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l'actuelle crise: l'organisation du commerce mondial, qu'il faut réformer profondément, et prioritairement à l'autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.
Le fondement de la crise: L'organisation du commerce mondial
La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme », dénonciation absurde à chaque fois qu'elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d'être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j'ai par le passé nommé « des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années» (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l'actuelle crise: l'organisation du commerce mondial, qu'il faut réformer profondément, et prioritairement à l'autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.
Revue de presse
Entretien de Jacques Sapir au blog Horizons, tenu par Malakine.
Horizons : Depuis plusieurs années, le protectionnisme a été défendu pour une mise en œuvre à l’échelle communautaire. Pourtant, dans un texte récent « Un an après » vous laissez la porte ouverte à un protectionnisme national. Dans l’idéal et d’un point de vue purement technique, quel serait le périmètre optimal pour une politique néo-protectionniste ?
Jacques Sapir : Il est clair que, techniquement, plus grande et plus homogène est la zone qui se protège et meilleur en est l’effet. De ce point de vue, une zone qui correspondrait au noyau initial de la CEE me semblerait optimal. On pourrait sans doute y ajouter la Suède et le Danemark. Mais, nous sommes confrontés à deux problèmes :
- Tout d’abord le démantèlement d’une partie de la protection sociale tel qu’il est organisé en Allemagne par les lois qu’a fait voter le chancelier Schröder et que Mme Merkel n’aura de cesse de renforcer dans son alliance avec les Libéraux. De fait, l’Allemagne se met en position de concurrence sociale par rapport aux autres pays du « noyau » historique.
- Ensuite, les oppositions au néo-protectionnisme risquent d’être virulentes en Allemagne et aux Pays-Bas.
C’est pourquoi le périmètre réaliste sera probablement – du moins pour une période initiale – plus faible que le périmètre « optimal ». On peut penser qu’une alliance France-Italie-Belgique pourrait constituer une bonne base de départ. Cependant, on ne doit pas exclure une solution purement nationale. Dans la situation actuelle, tout est préférable au statu-quo. Néanmoins, il faut comprendre qu’une telle solution nationale serait appelée à s’élargir rapidement.
Notons que si les autres pays réagissent à la démarche protectionniste de l’un d’entre eux en mettant, à leur tour, des barrières protectionnistes on aura beau jeu de leur dire « pourquoi pas tous ensemble ? ».
Ce qui me fait penser que tenter le saut du protectionnisme ne serait-ce qu’au simple niveau de la France ne présente aucun risque. Soit les autres pays ne réagissent pas, et dans ce cas nous rétablissons assez vite notre balance commerciale, soit ils réagissent et dans ce cas, comme ils auront aussi fais sauter le tabou qui pesait sur des mesures protectionnistes nous serons dans une excellente position pour négocier avec eux des mesures communes.
Le véritable problème est celui du tabou qui pèse aujourd’hui sur le protectionnisme. Qu’il saute et d’une certaine manière nous avons gagné.
Lire l'intégralité de l'entretien sur le blog de Malakine
Jacques Sapir : Il est clair que, techniquement, plus grande et plus homogène est la zone qui se protège et meilleur en est l’effet. De ce point de vue, une zone qui correspondrait au noyau initial de la CEE me semblerait optimal. On pourrait sans doute y ajouter la Suède et le Danemark. Mais, nous sommes confrontés à deux problèmes :
- Tout d’abord le démantèlement d’une partie de la protection sociale tel qu’il est organisé en Allemagne par les lois qu’a fait voter le chancelier Schröder et que Mme Merkel n’aura de cesse de renforcer dans son alliance avec les Libéraux. De fait, l’Allemagne se met en position de concurrence sociale par rapport aux autres pays du « noyau » historique.
- Ensuite, les oppositions au néo-protectionnisme risquent d’être virulentes en Allemagne et aux Pays-Bas.
C’est pourquoi le périmètre réaliste sera probablement – du moins pour une période initiale – plus faible que le périmètre « optimal ». On peut penser qu’une alliance France-Italie-Belgique pourrait constituer une bonne base de départ. Cependant, on ne doit pas exclure une solution purement nationale. Dans la situation actuelle, tout est préférable au statu-quo. Néanmoins, il faut comprendre qu’une telle solution nationale serait appelée à s’élargir rapidement.
Notons que si les autres pays réagissent à la démarche protectionniste de l’un d’entre eux en mettant, à leur tour, des barrières protectionnistes on aura beau jeu de leur dire « pourquoi pas tous ensemble ? ».
Ce qui me fait penser que tenter le saut du protectionnisme ne serait-ce qu’au simple niveau de la France ne présente aucun risque. Soit les autres pays ne réagissent pas, et dans ce cas nous rétablissons assez vite notre balance commerciale, soit ils réagissent et dans ce cas, comme ils auront aussi fais sauter le tabou qui pesait sur des mesures protectionnistes nous serons dans une excellente position pour négocier avec eux des mesures communes.
Le véritable problème est celui du tabou qui pèse aujourd’hui sur le protectionnisme. Qu’il saute et d’une certaine manière nous avons gagné.
Lire l'intégralité de l'entretien sur le blog de Malakine
Deux articles parus dans La Revue Socialiste, n°34, 2ème trimestre 2009.
Tags :
revue socialiste
Revue de presse
Entretien d'Emmanuel Todd à la revue L'Ena hors les murs, "Le monde face à la crise, n° 389, avril 2009.
Emmanuel Todd occupe une place à part dans le paysage intellectuel français. Il ne fait partie d’aucune de ces chapelles, coteries ou « écoles de pensée » qui se partagent les rôles dans les médias ou à l’université. S’il ne recule pas devant la polémique, il demeure résolument indépendant et oriente ses flèches acérées aussi bien vers la gauche que vers la droite.
Ce refus des cloisonnements, cette capacité à décentrer le regard, à penser autrement, à sortir du cadre, il les tient probablement aussi bien de sa famille que des grands auteurs qui l’ont marqué. Côté familial, il est le fils d’Olivier Todd, le petit-fils de Paul Nizan, et est également un petit-neveu de Claude Levi-Strauss. Quant aux influences intellectuelles extra-familiales, on peut citer, parmi beaucoup d’autres, celles de Montesquieu, de Tocqueville, de Durkheim et d’Aron.
Il ne construit pas ses réflexions sur la base d’idéologies toutes faites, mais plutôt, selon le modèle anglo-saxon, en étudiant de façon empirique et concrète des données brutes. A 25 ans, il devient célèbre en publiant La Chute finale (1), un essai qui s’avèrera visionnaire dans lequel il dissèque le pourrissement de l’idéologie communiste et prédit la décomposition de l’Union soviétique, à travers l’étude des courbes de mortalité infantile et de quelques autres indicateurs dédaignés par les soviétologues. Il publiera ensuite Le fou et le prolétaire (2), un essai sur les origines de la première guerre mondiale, s’appuyant sur une analyse à la Durkheim des taux de suicide. Viendront ensuite plusieurs essais sur la démographie, les structures familiales, l’immigration et l’Europe, puis trois ouvrages pouvant se lire comme une trilogie : L’Illusion économique (3), analysant la stagnation des sociétés occidentales face aux nouvelles contraintes économiques, Après l’Empire (4), prédisant la crise actuelle du système américain et, il y a quelques mois, Après la démocratie (5), plaidoyer vigoureux pour la mise en place d’un protectionnisme à l’échelle européenne, nécessaire à ses yeux pour éviter le délitement du modèle démocratique.
A ceux qui le jugent trop radical dans sa défense de ses idées et trop excessif dans ses propos, il réplique fort à propos : « J’exprime brutalement des idées modérées alors que les ultra-libéraux expriment de manière policée des idées extrémistes. »
Karim Emile Bitar, Cyrano de Bergerac 1999, Directeur de la rédaction
-------------
Karim Emile Bitar : Il y a déjà plus de dix ans, dans L’Illusion économique, vous dénonciez avec virulence ce que vous appeliez « l’utopie libre-échangiste », en insistant sur le fait que la disparition des barrières douanières avait conduit à une chute du taux de croissance de l’économie mondiale et à une montée très forte des inégalités au sein de chaque société. Vous avez depuis été rejoint par plusieurs grands économistes, et même l’économiste néoclassique Samuelson a pointé les effets négatifs du libre-échange(6), et souligné que le cas chinois rendait la vieille théorie des avantages comparatifs, sinon obsolète, du moins inopérante ou problématique. Pourtant la doxa économique en France et ailleurs continue de considérer le protectionnisme comme étant néfaste. Vous revenez donc à la charge dans votre dernier ouvrage, Après la démocratie et vous soulignez que le principal obstacle à la mise en place d’un protectionnisme européen, que vous pensez salvateur, est un obstacle psychologique, c’est l’incapacité des européens de sortir du narcissisme ambiant et de s’engager dans une action collective. Tout d’abord, quelles sont les raisons profondes du maintien de la doxa anti-protectionniste, et ensuite, que préconisez-vous pour surmonter cet état d’esprit ?
Emmanuel Todd : Je vois deux niveaux d’obstacles. Le niveau le plus superficiel se situe au niveau de l’analyse économique, celui des écoles économiques qui se trompent et qui errent. Analyser une erreur d’ordre intellectuel nécessite de regarder dans plusieurs directions. Chacune de ces directions apporte quelque chose à la compréhension. Les interactions entre l’économie politique et le système bancaire sont devenues très fortes et se sont encore renforcées et l’on voit de plus en plus d’économistes ayant un pied dans une banque. L’économie est aussi une science qui a perdu son autonomie en tant que science. Je n’en parle pas dans le livre, mais c’est un point important. L’erreur intellectuelle a une certaine dynamique autonome. Des gens qui ne voient pas, je les connais un peu. J’avais déjà affronté les soviétologues professionnels lorsque j’avais publié La chute finale. Sans vouloir me vanter, j’ai passé une bonne partie de ma vie à affronter des gens qui ne veulent pas reconnaître l’erreur. Quand on étudie l’histoire des sciences, des idées ou des idéologies, il y a toujours des gens qui ne veulent pas croire que c’est la terre qui tourne autour du soleil. L’erreur intellectuelle est quelque chose d’assez ordinaire. C’est un phénomène bizarre mais constant de l’histoire humaine, des inventions ou des idées qui paraissent très évidentes, très simples, mais personne ne les voit ! Je crois que les indiens d’Amérique n’avaient pas la roue. Il y a donc cette dimension là, ainsi que la dimension de l’intérêt. Dans le cas de la France, il y a quelque chose dont je parle dans le livre(7), et qui aggrave la situation, c’est que la France, en matière d’analyse économique, n’est pas productrice d’idéologie. La France est simplement consommatrice d’idéologie. C’est l’une des spécialisations du monde anglo-saxon que de produire des idéologies économiques. Là bas, il y a donc certaines dissidences, certes pas toujours importantes, elles sont soit marginales soit récentes. Mais le monde anglo-saxon a son autonomie de production d’idées ou d’idéologies en ce qui concerne l’économie politique. En France, nous sommes en la matière ce qu’on appelle une « zone périphérique dominée ». Cela n’est pas vrai en sociologie ou en politologie, mais c’est le cas en économie. Il y a quelque chose qu’en anthropologie et en linguistique, on appelle le « conservatisme des zones périphériques. » Ce que l’on trouve dans les zones périphériques, ce sont les modes anciens de pensée. Il y a donc un phénomène structurel en France, c’est ce retard de la pensée économique, quel que soit le mouvement, par rapport à celle du monde anglo-saxon. Cela produit cette situation de naufrage absolu, même si je cite des économistes comme Jean-Luc Gréau ou Jacques Sapir qui sauvent l’honneur de la profession. Mais ce ne sont que des exceptions. Je pense que Peugeot survivra à la crise, mais les économistes et professeurs d’économie, par contre, je ne suis pas sûr qu’ils s’en sortent !
Ce refus des cloisonnements, cette capacité à décentrer le regard, à penser autrement, à sortir du cadre, il les tient probablement aussi bien de sa famille que des grands auteurs qui l’ont marqué. Côté familial, il est le fils d’Olivier Todd, le petit-fils de Paul Nizan, et est également un petit-neveu de Claude Levi-Strauss. Quant aux influences intellectuelles extra-familiales, on peut citer, parmi beaucoup d’autres, celles de Montesquieu, de Tocqueville, de Durkheim et d’Aron.
Il ne construit pas ses réflexions sur la base d’idéologies toutes faites, mais plutôt, selon le modèle anglo-saxon, en étudiant de façon empirique et concrète des données brutes. A 25 ans, il devient célèbre en publiant La Chute finale (1), un essai qui s’avèrera visionnaire dans lequel il dissèque le pourrissement de l’idéologie communiste et prédit la décomposition de l’Union soviétique, à travers l’étude des courbes de mortalité infantile et de quelques autres indicateurs dédaignés par les soviétologues. Il publiera ensuite Le fou et le prolétaire (2), un essai sur les origines de la première guerre mondiale, s’appuyant sur une analyse à la Durkheim des taux de suicide. Viendront ensuite plusieurs essais sur la démographie, les structures familiales, l’immigration et l’Europe, puis trois ouvrages pouvant se lire comme une trilogie : L’Illusion économique (3), analysant la stagnation des sociétés occidentales face aux nouvelles contraintes économiques, Après l’Empire (4), prédisant la crise actuelle du système américain et, il y a quelques mois, Après la démocratie (5), plaidoyer vigoureux pour la mise en place d’un protectionnisme à l’échelle européenne, nécessaire à ses yeux pour éviter le délitement du modèle démocratique.
A ceux qui le jugent trop radical dans sa défense de ses idées et trop excessif dans ses propos, il réplique fort à propos : « J’exprime brutalement des idées modérées alors que les ultra-libéraux expriment de manière policée des idées extrémistes. »
Karim Emile Bitar, Cyrano de Bergerac 1999, Directeur de la rédaction
-------------
Karim Emile Bitar : Il y a déjà plus de dix ans, dans L’Illusion économique, vous dénonciez avec virulence ce que vous appeliez « l’utopie libre-échangiste », en insistant sur le fait que la disparition des barrières douanières avait conduit à une chute du taux de croissance de l’économie mondiale et à une montée très forte des inégalités au sein de chaque société. Vous avez depuis été rejoint par plusieurs grands économistes, et même l’économiste néoclassique Samuelson a pointé les effets négatifs du libre-échange(6), et souligné que le cas chinois rendait la vieille théorie des avantages comparatifs, sinon obsolète, du moins inopérante ou problématique. Pourtant la doxa économique en France et ailleurs continue de considérer le protectionnisme comme étant néfaste. Vous revenez donc à la charge dans votre dernier ouvrage, Après la démocratie et vous soulignez que le principal obstacle à la mise en place d’un protectionnisme européen, que vous pensez salvateur, est un obstacle psychologique, c’est l’incapacité des européens de sortir du narcissisme ambiant et de s’engager dans une action collective. Tout d’abord, quelles sont les raisons profondes du maintien de la doxa anti-protectionniste, et ensuite, que préconisez-vous pour surmonter cet état d’esprit ?
Emmanuel Todd : Je vois deux niveaux d’obstacles. Le niveau le plus superficiel se situe au niveau de l’analyse économique, celui des écoles économiques qui se trompent et qui errent. Analyser une erreur d’ordre intellectuel nécessite de regarder dans plusieurs directions. Chacune de ces directions apporte quelque chose à la compréhension. Les interactions entre l’économie politique et le système bancaire sont devenues très fortes et se sont encore renforcées et l’on voit de plus en plus d’économistes ayant un pied dans une banque. L’économie est aussi une science qui a perdu son autonomie en tant que science. Je n’en parle pas dans le livre, mais c’est un point important. L’erreur intellectuelle a une certaine dynamique autonome. Des gens qui ne voient pas, je les connais un peu. J’avais déjà affronté les soviétologues professionnels lorsque j’avais publié La chute finale. Sans vouloir me vanter, j’ai passé une bonne partie de ma vie à affronter des gens qui ne veulent pas reconnaître l’erreur. Quand on étudie l’histoire des sciences, des idées ou des idéologies, il y a toujours des gens qui ne veulent pas croire que c’est la terre qui tourne autour du soleil. L’erreur intellectuelle est quelque chose d’assez ordinaire. C’est un phénomène bizarre mais constant de l’histoire humaine, des inventions ou des idées qui paraissent très évidentes, très simples, mais personne ne les voit ! Je crois que les indiens d’Amérique n’avaient pas la roue. Il y a donc cette dimension là, ainsi que la dimension de l’intérêt. Dans le cas de la France, il y a quelque chose dont je parle dans le livre(7), et qui aggrave la situation, c’est que la France, en matière d’analyse économique, n’est pas productrice d’idéologie. La France est simplement consommatrice d’idéologie. C’est l’une des spécialisations du monde anglo-saxon que de produire des idéologies économiques. Là bas, il y a donc certaines dissidences, certes pas toujours importantes, elles sont soit marginales soit récentes. Mais le monde anglo-saxon a son autonomie de production d’idées ou d’idéologies en ce qui concerne l’économie politique. En France, nous sommes en la matière ce qu’on appelle une « zone périphérique dominée ». Cela n’est pas vrai en sociologie ou en politologie, mais c’est le cas en économie. Il y a quelque chose qu’en anthropologie et en linguistique, on appelle le « conservatisme des zones périphériques. » Ce que l’on trouve dans les zones périphériques, ce sont les modes anciens de pensée. Il y a donc un phénomène structurel en France, c’est ce retard de la pensée économique, quel que soit le mouvement, par rapport à celle du monde anglo-saxon. Cela produit cette situation de naufrage absolu, même si je cite des économistes comme Jean-Luc Gréau ou Jacques Sapir qui sauvent l’honneur de la profession. Mais ce ne sont que des exceptions. Je pense que Peugeot survivra à la crise, mais les économistes et professeurs d’économie, par contre, je ne suis pas sûr qu’ils s’en sortent !
Revue de presse
Entretien d'Emmanuel Todd à La Tribune, 24 juillet 2009.
La Tribune : La crise a révélé de nombreux dysfonctionnements dans l'économie et la finance, vous semble-t-il qu'on en tire les leçons pour le monde de demain ?
Emmanuel Todd : Il y a une ultime vérité qui n'a pas encore été acceptée : la crise provient d'un déficit de la demande à l'échelle mondiale, dont la cause première est le libre-échange. Le libre-échange a rompu l'équilibre entre la production et la consommation, il a conduit les entreprises à considérer leurs salariés comme un coût pur, et les a précipitées dans la compétition par la compression des salaires. L'irruption de la Chine et des pays émergents n'a fait que renforcer ce travers, qui aurait existé sans eux. Dans un monde où l'on comprime les salaires, la demande ne peut provenir que de l'endettement. D'où la crise.
Le libre-échange a aussi des avantages substantiels, il a déclenché une période de forte croissance...
Dans la première phase, il y a bien sûr les économies d'échelle et les bénéfices de la spécialisation, je ne suis pas aveugle à cela. Mais dans la seconde phase, les effets déprimants sur la demande l'emportent, lorsque les entreprises ne considèrent plus leurs salariés comme des consommateurs. Dans nombre de pays développés, les salaires stagnent depuis quinze ans. Le seul élément dynamique était l'endettement du consommateur américain et le déficit extérieur des États-Unis, qui a tiré la planète. Si les plans de relance en cours visent à rétablir un tel système, nous butterons vite sur les mêmes difficultés. D'autant que les difficultés de financement des États vont apparaître. Les investisseurs vont se rendre compte que l'État américain n'est qu'un super-Madoff, l'escroquerie du siècle. Il est tout à fait vraisemblable que l'on assiste à l'effondrement du dollar dans l'année qui vient.
Va-t-on vers le protectionnisme ? Le libre-échange est toujours défendu par les dirigeants du monde entier...
Les classes dirigeantes sont toujours les dernières à comprendre. Je note quand même un changement d'ambiance, les gens ne rient plus lorsqu'on parle de protectionnisme européen. C'est un beau projet, que celui d'une Europe protégée et relançant la demande par les salaires. Cela déclencherait probablement un nouveau cycle d'innovation technologique. Les délocalisations sont en effet un frein à l'innovation, parce qu'elles donnent accès à de vastes réserves de main-d'œuvre sous-qualifiée et sous-payée. Le personnage central du monde protectionniste, c'est l'ingénieur, et non le financier, qui triomphe au contraire dans le monde libre-échangiste. Pour le futur, ce sera ce monde protectionniste ou le chaos. Ou bien d'abord le chaos, et après ce monde-là.
Pourquoi les économistes sont-ils alors unanimes à condamner le protectionnisme ?
Ils sont incapables, malgré leurs efforts récents, de se réapproprier les concepts de la macroéconomie keynésienne, de concevoir la collectivité sociale ou nationale. C'est l'incapacité à penser le collectif qui aveugle notre époque et retarde le règlement de la crise. Cette société molle et atomisée qui est la nôtre n'a d'ailleurs pas que des inconvénients. Cela nous protège des folies collectives du dernier siècle. Malgré le chômage, il n'y a pas de petits bourgeois hystériques dans les rues pour réclamer un régime fasciste ou stalinien... Le niveau éducatif, qui est la variable déterminante de l'évolution d'une société, est aujourd'hui très élevé, même s'il ne progresse plus. Peut-être les évolutions idéologiques seront-elles beaucoup plus rapides et plus intéressantes qu'auparavant, grâce au niveau intellectuel des populations.
Vous êtes donc assez optimiste...
Ce qui m'inquiète, c'est le vieillissement des populations et des mentalités. L'âge médian de nos sociétés s'élève à 45 ans au Japon, 44 ans en Allemagne, 40 en France et 37 aux États-Unis. Et l'âge médian du corps électoral est encore plus élevé, puisqu'il ne comprend pas les moins de 18 ans. Cette évolution va induire un ralentissement de la vie politique et de la pensée. Elle explique le basculement à droite de l'Europe, lors des récentes élections européennes. L'obsession sécuritaire, c'est un problème de vieux qui a peur des jeunes. Regardez les pubs à la télévision, c'est le financement des obsèques, les problèmes d'érection et le cholestérol ! Les publicités en disent davantage sur nous que les sciences sociales. Et ce phénomène de vieillissement est irréversible, partout sur la planète. Même la Chine vieillit à vitesse accélérée.
Ces structures d'âges élevés n'empêchent pas nos sociétés de se moderniser à grande vitesse, au plan technologique...
Oui, ce sont des sociétés vieillies qui ont adopté Internet, et cela plus vite que d'autres, plus jeunes. Il y a certainement un acquis en matière de compétence, de niveau intellectuel, d'adaptabilité, qui devrait nous aider à résoudre cette crise longue. D'autant que se profile un grand moment de l'histoire de l'humanité : l'alphabétisation complète de la planète, qui devrait intervenir vers 2030. L'écriture date de 3.000 avant Jésus-Christ, il aura fallu 5.000 ans et quelque 200 générations pour réaliser ce grand projet. C'est impossible de ne pas être optimiste quand on envisage cela.
Bio express : Emmanuel Todd, né en 1951, est un démographe et un historien français. En 1976, son premier livre ("La Chute finale") pronostiquait l'effondrement du monde soviétique. En 1998, "L'Illusion économique" s'attachait à comprendre les causes de la stagnation des sociétés développées. En 2002, "Après l'empire" analysait le déclin des États-Unis et anticipait une crise financière déclenchée en Amérique.
Source : Latribune.fr.
Emmanuel Todd : Il y a une ultime vérité qui n'a pas encore été acceptée : la crise provient d'un déficit de la demande à l'échelle mondiale, dont la cause première est le libre-échange. Le libre-échange a rompu l'équilibre entre la production et la consommation, il a conduit les entreprises à considérer leurs salariés comme un coût pur, et les a précipitées dans la compétition par la compression des salaires. L'irruption de la Chine et des pays émergents n'a fait que renforcer ce travers, qui aurait existé sans eux. Dans un monde où l'on comprime les salaires, la demande ne peut provenir que de l'endettement. D'où la crise.
Le libre-échange a aussi des avantages substantiels, il a déclenché une période de forte croissance...
Dans la première phase, il y a bien sûr les économies d'échelle et les bénéfices de la spécialisation, je ne suis pas aveugle à cela. Mais dans la seconde phase, les effets déprimants sur la demande l'emportent, lorsque les entreprises ne considèrent plus leurs salariés comme des consommateurs. Dans nombre de pays développés, les salaires stagnent depuis quinze ans. Le seul élément dynamique était l'endettement du consommateur américain et le déficit extérieur des États-Unis, qui a tiré la planète. Si les plans de relance en cours visent à rétablir un tel système, nous butterons vite sur les mêmes difficultés. D'autant que les difficultés de financement des États vont apparaître. Les investisseurs vont se rendre compte que l'État américain n'est qu'un super-Madoff, l'escroquerie du siècle. Il est tout à fait vraisemblable que l'on assiste à l'effondrement du dollar dans l'année qui vient.
Va-t-on vers le protectionnisme ? Le libre-échange est toujours défendu par les dirigeants du monde entier...
Les classes dirigeantes sont toujours les dernières à comprendre. Je note quand même un changement d'ambiance, les gens ne rient plus lorsqu'on parle de protectionnisme européen. C'est un beau projet, que celui d'une Europe protégée et relançant la demande par les salaires. Cela déclencherait probablement un nouveau cycle d'innovation technologique. Les délocalisations sont en effet un frein à l'innovation, parce qu'elles donnent accès à de vastes réserves de main-d'œuvre sous-qualifiée et sous-payée. Le personnage central du monde protectionniste, c'est l'ingénieur, et non le financier, qui triomphe au contraire dans le monde libre-échangiste. Pour le futur, ce sera ce monde protectionniste ou le chaos. Ou bien d'abord le chaos, et après ce monde-là.
Pourquoi les économistes sont-ils alors unanimes à condamner le protectionnisme ?
Ils sont incapables, malgré leurs efforts récents, de se réapproprier les concepts de la macroéconomie keynésienne, de concevoir la collectivité sociale ou nationale. C'est l'incapacité à penser le collectif qui aveugle notre époque et retarde le règlement de la crise. Cette société molle et atomisée qui est la nôtre n'a d'ailleurs pas que des inconvénients. Cela nous protège des folies collectives du dernier siècle. Malgré le chômage, il n'y a pas de petits bourgeois hystériques dans les rues pour réclamer un régime fasciste ou stalinien... Le niveau éducatif, qui est la variable déterminante de l'évolution d'une société, est aujourd'hui très élevé, même s'il ne progresse plus. Peut-être les évolutions idéologiques seront-elles beaucoup plus rapides et plus intéressantes qu'auparavant, grâce au niveau intellectuel des populations.
Vous êtes donc assez optimiste...
Ce qui m'inquiète, c'est le vieillissement des populations et des mentalités. L'âge médian de nos sociétés s'élève à 45 ans au Japon, 44 ans en Allemagne, 40 en France et 37 aux États-Unis. Et l'âge médian du corps électoral est encore plus élevé, puisqu'il ne comprend pas les moins de 18 ans. Cette évolution va induire un ralentissement de la vie politique et de la pensée. Elle explique le basculement à droite de l'Europe, lors des récentes élections européennes. L'obsession sécuritaire, c'est un problème de vieux qui a peur des jeunes. Regardez les pubs à la télévision, c'est le financement des obsèques, les problèmes d'érection et le cholestérol ! Les publicités en disent davantage sur nous que les sciences sociales. Et ce phénomène de vieillissement est irréversible, partout sur la planète. Même la Chine vieillit à vitesse accélérée.
Ces structures d'âges élevés n'empêchent pas nos sociétés de se moderniser à grande vitesse, au plan technologique...
Oui, ce sont des sociétés vieillies qui ont adopté Internet, et cela plus vite que d'autres, plus jeunes. Il y a certainement un acquis en matière de compétence, de niveau intellectuel, d'adaptabilité, qui devrait nous aider à résoudre cette crise longue. D'autant que se profile un grand moment de l'histoire de l'humanité : l'alphabétisation complète de la planète, qui devrait intervenir vers 2030. L'écriture date de 3.000 avant Jésus-Christ, il aura fallu 5.000 ans et quelque 200 générations pour réaliser ce grand projet. C'est impossible de ne pas être optimiste quand on envisage cela.
Bio express : Emmanuel Todd, né en 1951, est un démographe et un historien français. En 1976, son premier livre ("La Chute finale") pronostiquait l'effondrement du monde soviétique. En 1998, "L'Illusion économique" s'attachait à comprendre les causes de la stagnation des sociétés développées. En 2002, "Après l'empire" analysait le déclin des États-Unis et anticipait une crise financière déclenchée en Amérique.
Source : Latribune.fr.
Rédigé par Propos recueillis par François Lenglet le 24 Juillet 2009 à 18:22
|
Permalien
|
Commentaires (1)
Le débat est accessible en vidéo.
Thème de la table-ronde : "De la crise à la reprise : garder les marchés ouvert" (sic)
-Modérateur : Larry Elliott, Rédacteur économique, The Guardian, Royaume-Uni
-Sharan Burrow, Présidente, Australian Council of Trade Unions
-Alfredo Vicente Chiaradia, Secrétaire au Commerce et aux Relations économiques internationales, Argentine
-Jean-Luc Gréau, Économiste, JLG Etudes économiques, France
-Tim Groser, Ministre du Commerce, Nouvelle-Zélande
-Anne-Marie Idrac, Secrétaire d’État chargée du Commerce extérieur, France
-Pascal Lamy, Directeur général, OMC
La vidéo est accessible sur le site de l'OCDE.
-Modérateur : Larry Elliott, Rédacteur économique, The Guardian, Royaume-Uni
-Sharan Burrow, Présidente, Australian Council of Trade Unions
-Alfredo Vicente Chiaradia, Secrétaire au Commerce et aux Relations économiques internationales, Argentine
-Jean-Luc Gréau, Économiste, JLG Etudes économiques, France
-Tim Groser, Ministre du Commerce, Nouvelle-Zélande
-Anne-Marie Idrac, Secrétaire d’État chargée du Commerce extérieur, France
-Pascal Lamy, Directeur général, OMC
La vidéo est accessible sur le site de l'OCDE.
Agenda - conférences
Les actes du colloque du 27 avril 2009 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.
- Accueil de Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica
- Le protectionnisme aujourd’hui, par Jacques Sapir, directeur d'études à l'EHESS, auteur de Le Nouveau XXIè Siècle (Seuil, 2008)
- Les avantages d’un protectionnisme européen, par Hakim el Karoui, banquier d'affaires, auteur de L'avenir d'une exception (Flammarion, 2006)
- Le protectionnisme n’est pas la solution, par Jean-Marc Daniel, professeur d'économie à l'ESCP-EAP et directeur de la revue Societal
- La crise du commerce mondial, symptôme d’une crise de la demande globale, par Jean-Luc Gréau, économiste, auteur de La trahison des économistes (Gallimard, 2008)
- Débat final
Voir le dossier en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.
Agenda - conférences
Conférence d'Emmanuel Todd, invité du 1er Festival de Géopolitique à Grenoble (Ecole de Management), samedi 13 juin 2009 à 15h.
Le programme complet sur www.anteios.org
Tags :
emmanuel todd
Revue de presse
Débat entre Guillaume Bachelay et Christian Saint Etienne, Le Figaro Magazine, 10 avril 2009.
Le Figaro Magazine - Pourquoi le protectionnisme est-il devenu une sorte de tabou?
Christian Saint-Etienne Parce qu'il a joué un rôle clé d'accélération lors de la crise de 1929 : quatre ans plus tard, le commerce mondial en valeur avait baissé des deux tiers. La communauté économique et politique internationale est restée marquée par cet épisode, considérant que toute nouvelle flambée de protectionnisme provoquerait une crise de même nature. Un Lehman Brothers bis, une attaque israélienne sur l'Iran, un pays qui perdrait ses nerfs en élevant des barrières protectionnistes réamorceraient le cauchemar de la dépression. Sans sursaut politique en Europe, on pourrait craindre l'éclatement de l'euro avec, pour avenir, l'inconnu. Comme disent les Anglo-Saxons, uncharted territories.
Guillaume Bachelay Depuis que le commerce se fait dans le cadre des Etats nations, le monde est protectionniste : c'est vrai de Colbert à Pascal Lamy. Les Etats-Unis financent leur appareil militaro-industriel par la commande publique. La Chine fixe des restrictions aux importations sur son territoire, tout en favorisant ses exportations par la sous-évaluation du yuan. La Russie fait le blocus sur certaines automobiles étrangères. Le Brésil soumet la moitié de ses importations à des clauses d'autorisation. L'Inde interdit les jouets chinois, etc. La question n'est donc pas de savoir s'il faut une Europe protectionniste, mais comment elle devient plus protectrice. Pour sauver nos secteurs traditionnels et développer les industries innovantes, il faut pouvoir protéger un cadre commercial de manière temporaire et communautaire. Le libre-échange a eu ses vertus de développement des nations et de dialogue entre les peuples, mais avec l'essor d'un capitalisme mondial et financier, le système se grippe. «Tous concurrents, et que le moins cher gagne!», c'est un slogan mortel ! Comment voulez-vous que nos salariés et nos entrepreneurs tirent leur épingle du jeu sans un mixte d'innovation et de protection, face à des concurrents disposant d'un réservoir de main-d'œuvre inépuisable, de salaires 40 fois inférieurs aux nôtres et qui ne respectent pas les règles du jeu international ? Si l'Europe ne se réveille pas, c'est tout son appareil industriel et, à terme, son modèle de société qui seront bazardés.
Lire l'intégralité de l'entretien sur le site du Figaro
Christian Saint-Etienne, économiste, professeur à Dauphine-Paris-IX et à l’université de Tours, est membre du Conseil d’analyse économique.
Guillaume Bachelay, conseiller de Laurent Fabius, est secrétaire national du PS à la politique industrielle, aux entreprises et aux nouvelles technologies.
Christian Saint-Etienne Parce qu'il a joué un rôle clé d'accélération lors de la crise de 1929 : quatre ans plus tard, le commerce mondial en valeur avait baissé des deux tiers. La communauté économique et politique internationale est restée marquée par cet épisode, considérant que toute nouvelle flambée de protectionnisme provoquerait une crise de même nature. Un Lehman Brothers bis, une attaque israélienne sur l'Iran, un pays qui perdrait ses nerfs en élevant des barrières protectionnistes réamorceraient le cauchemar de la dépression. Sans sursaut politique en Europe, on pourrait craindre l'éclatement de l'euro avec, pour avenir, l'inconnu. Comme disent les Anglo-Saxons, uncharted territories.
Guillaume Bachelay Depuis que le commerce se fait dans le cadre des Etats nations, le monde est protectionniste : c'est vrai de Colbert à Pascal Lamy. Les Etats-Unis financent leur appareil militaro-industriel par la commande publique. La Chine fixe des restrictions aux importations sur son territoire, tout en favorisant ses exportations par la sous-évaluation du yuan. La Russie fait le blocus sur certaines automobiles étrangères. Le Brésil soumet la moitié de ses importations à des clauses d'autorisation. L'Inde interdit les jouets chinois, etc. La question n'est donc pas de savoir s'il faut une Europe protectionniste, mais comment elle devient plus protectrice. Pour sauver nos secteurs traditionnels et développer les industries innovantes, il faut pouvoir protéger un cadre commercial de manière temporaire et communautaire. Le libre-échange a eu ses vertus de développement des nations et de dialogue entre les peuples, mais avec l'essor d'un capitalisme mondial et financier, le système se grippe. «Tous concurrents, et que le moins cher gagne!», c'est un slogan mortel ! Comment voulez-vous que nos salariés et nos entrepreneurs tirent leur épingle du jeu sans un mixte d'innovation et de protection, face à des concurrents disposant d'un réservoir de main-d'œuvre inépuisable, de salaires 40 fois inférieurs aux nôtres et qui ne respectent pas les règles du jeu international ? Si l'Europe ne se réveille pas, c'est tout son appareil industriel et, à terme, son modèle de société qui seront bazardés.
Lire l'intégralité de l'entretien sur le site du Figaro
Christian Saint-Etienne, économiste, professeur à Dauphine-Paris-IX et à l’université de Tours, est membre du Conseil d’analyse économique.
Guillaume Bachelay, conseiller de Laurent Fabius, est secrétaire national du PS à la politique industrielle, aux entreprises et aux nouvelles technologies.
Tags :
le figaro magazine
Agenda - conférences
Poursuite du cycle de colloques de la Fondation Res Publica lundi 27 avril 2009 à 18h à la Maison de la Chimie (28, rue Saint Dominique 75007 Paris). En voici le programme ci-dessous.
Avec la participation de :
- Jean-Luc Gréau, économiste, auteur de La trahison des économistes (Gallimard, 2008)
- Hakim el Karoui, banquier d’affaires, auteur de L’avenir d’une exception (Flammarion, 2006)
- Jacques Sapir, directeur d'études à l'EHESS, auteur de Le nouveau XXIè siècle (Seuil, 2008).
- Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica
Inscrivez-vous à l'adresse électronique res-publica@wanadoo.fr (Merci de préciser vos nom et coordonnées complètes). Pour consulter les travaux de la Fondation Res Publica, fondation reconnue d'utilité publique par décret du 30 décembre 2005, une seule adresse : www.fondation-res-publica.org.
Agenda - conférences
La réponse de David Todd lors du séminaire du club Politique Autrement tenu le 21 mars 2009
Voir l'ensemble des vidéos de l'intervention de David Todd sur le site de Politique Autrement.
David Todd est historien, research fellow au Centre for History and Economics et au collège de Trinity Hall à Cambridge, auteur de L’identité économique de la France. Libre échange et protectionnisme 1814-1851, Grasset.
David Todd est historien, research fellow au Centre for History and Economics et au collège de Trinity Hall à Cambridge, auteur de L’identité économique de la France. Libre échange et protectionnisme 1814-1851, Grasset.
L'article "Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis" paru dans Le Monde diplomatique de mars 2009 a suscité des réponses de Pierre Khalfa et de Michel Husson, ainsi que des "réponses aux réponses" de Jacques Sapir.
Le blog du Monde diplomatique les publie dans leur intégralité.
Revue de presse
Article de Jacques Sapir paru dans Le Monde diplomatique de mars 2009.
Aides massives aux industries automobiles, montée des droits de douane... A la faveur de la crise économique, la question du protectionnisme revient sur le devant de la scène. Bien sûr, les tenants du libre-échange ne désarment pas. Mais, pour beaucoup de leurs critiques, instaurer des quotas et relever les tarifs douaniers pour les produits en provenance des pays émergents (la Chine et ses voisins, notamment) apparaît comme le meilleur moyen de protéger le marché intérieur des pays européens et de relever les salaires.
L’ampleur et la profondeur de la crise ont réactivé le débat sur le protectionnisme. Débat sensible si l’on en juge par la virulence des défenseurs du libre-échange, transformé en fétiche. Avec une présentation des faits qui travestit la vérité par ignorance ou dessein, le protectionnisme apparaît comme un véritable tabou. Le refus d’identifier le libre-échange comme cause de la tourmente actuelle montre que ses partisans ont quitté l’univers de la réflexion pour entrer dans celui de la pensée magique.
Le libre-échange entraîne un double effet dépressif, direct sur les salaires, et indirect à travers la concurrence fiscale qu’il rend possible. En effet, pour préserver l’emploi, les gouvernements des pays dont les entreprises sont soumises directement à la concurrence de la production à bas coûts et à faible protection sociale tentent de préserver le niveau des profits sur leur territoire (condition nécessaire pour éviter les délocalisations) en transférant les cotisations sociales des entreprises vers les salariés. A la pression sur les salaires vient donc s’ajouter une fiscalité plus injuste et une réduction des prestations sociales (le salaire indirect). Cela contribue à peser sur le revenu de la majorité des ménages, qui ne peuvent maintenir leur niveau de consommation que par un recours croissant à l’endettement, au moment même où leurs ressources financières deviennent plus fragiles.
Lire l'intégralité de l'article sur le site du Monde diplomatique
L’ampleur et la profondeur de la crise ont réactivé le débat sur le protectionnisme. Débat sensible si l’on en juge par la virulence des défenseurs du libre-échange, transformé en fétiche. Avec une présentation des faits qui travestit la vérité par ignorance ou dessein, le protectionnisme apparaît comme un véritable tabou. Le refus d’identifier le libre-échange comme cause de la tourmente actuelle montre que ses partisans ont quitté l’univers de la réflexion pour entrer dans celui de la pensée magique.
Le libre-échange entraîne un double effet dépressif, direct sur les salaires, et indirect à travers la concurrence fiscale qu’il rend possible. En effet, pour préserver l’emploi, les gouvernements des pays dont les entreprises sont soumises directement à la concurrence de la production à bas coûts et à faible protection sociale tentent de préserver le niveau des profits sur leur territoire (condition nécessaire pour éviter les délocalisations) en transférant les cotisations sociales des entreprises vers les salariés. A la pression sur les salaires vient donc s’ajouter une fiscalité plus injuste et une réduction des prestations sociales (le salaire indirect). Cela contribue à peser sur le revenu de la majorité des ménages, qui ne peuvent maintenir leur niveau de consommation que par un recours croissant à l’endettement, au moment même où leurs ressources financières deviennent plus fragiles.
Lire l'intégralité de l'article sur le site du Monde diplomatique
Agenda - conférences
Conférence débat du club Politique Autrement, samedi 21 mars, 14h30.
- Quel rapport la France a-t-elle entretenu avec le protectionnisme au cours de son histoire ? À quels débats politiques cette notion a-t-elle donné lieu depuis le XIXe siècle ?
- Le protectionnisme peut-il être une réponse à la crise ou est-il au contraire un facteur d'aggravation ?
- Quelle orientation possible et souhaitable de l'Union européenne dans la mondialisation ?
Avec Jean-Luc Gréau, économiste, dernier ouvrage paru: La Trahison des économistes, Gallimard, et David Todd, research fellow au Centre for History and Economics et au collège de Trinity Hall à Cambridge, auteur de L'identité économique de la France. Libre échange et protectionnisme 1814-1851, Grasset.
Faculté de théologie protestante
Amphithéâtre
83 boulevard Arago - 75014 Paris
Métro Denfert-Rochereau ou Port-Royal
Via www.politique-autrement.org
- Le protectionnisme peut-il être une réponse à la crise ou est-il au contraire un facteur d'aggravation ?
- Quelle orientation possible et souhaitable de l'Union européenne dans la mondialisation ?
Avec Jean-Luc Gréau, économiste, dernier ouvrage paru: La Trahison des économistes, Gallimard, et David Todd, research fellow au Centre for History and Economics et au collège de Trinity Hall à Cambridge, auteur de L'identité économique de la France. Libre échange et protectionnisme 1814-1851, Grasset.
Faculté de théologie protestante
Amphithéâtre
83 boulevard Arago - 75014 Paris
Métro Denfert-Rochereau ou Port-Royal
Via www.politique-autrement.org
Revue de presse
Par Guillaume Bachelay, secrétaire national du PS à la politique industrielle, aux entreprises et aux nouvelles technologies, tribune parue dans Marianne le 28 février 2009. Il est temps que les responsables européens acceptent de renoncer à une naïveté risible.
Peu de mots suscitent, parmi les dirigeants et les leaders d’opinion en Europe, autant de démagogie politique, de raccourcis historiques, d’approximations économiques et de haut-le-cœur moraux que « protectionnisme ». Pourtant, la crise mondiale du capitalisme, sa dureté, sa durée, devraient inciter à traiter ce sujet avec réflexion plutôt que par réflexe.
Le monde ne risque pas de devenir protectionniste pour la bonne raison… qu’il l’est déjà ! L’Europe est protectionniste quand elle ferme une part de ses marchés aux productions agricoles des pays tiers, singulièrement d’Afrique. Les Etats-Unis sont protectionnistes quand ils usent de l’arme tarifaire ou financent le secteur de l’armement par le biais des commandes publiques. La Chine, surtout, est protectionniste. Passons sur les restrictions massives faites aux importations et aux investissements sur son territoire, sans que personne s’émeuve de cette absence flagrante de réciprocité. En sous-évaluant sciemment sa monnaie, la République populaire subventionne massivement ses exportations. Dans le même temps, ayant favorisé l’exode rural de 200 millions de personnes en quinze ans sans instaurer de protection sociale, les cadres du Parti communiste s’assurent une main-d’œuvre bon marché quasi inépuisable et garantissent de faibles coûts de production aux entreprises nationales comme aux multinationales occidentales. Comble de l’ironie, les rares voix qui ont dénoncé cette forme agressive de mercantilisme ont subi un procès en… protectionnisme !
Autant que l’immoralité des traders ou que l’absence de régulation financière, la stratégie commerciale de la Chine est une donnée fondamentale de la crise. En permettant à son industrie d’inonder les marchés occidentaux de produits à bas prix, elle a accéléré la désindustrialisation de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Et amplifié la pression à la baisse sur les salaires à l’origine de l’explosion de l’endettement privé (aux Etats-Unis et au Royaume-Uni) ou public (en France).
Et l’Europe dans tout cela ? Si l’on excepte la politique agricole commune, elle est le continent libre-échangiste dans un monde protectionniste. Pas étonnant, dès lors, que son industrie se réduise comme peau de chagrin ou que ses classes moyennes sombrent dans la pauvreté ! Quant aux prétendues vertus créatrices du libre-échange, la situation de l’automobile les réduit à néant. Ces dernières années, la principale innovation des constructeurs européens a consisté à faire produire des véhicules polluants dans les pays à bas coût, dans l’Est ou dans le Sud, et à différer l’arrivée de la voiture propre.
La question ne devrait plus être : « L’Europe va-t-elle céder au protectionnisme ? » mais « Comment compte-t-elle répondre au protectionnisme ambiant ? » Il est temps que les responsables européens acceptent, sur les questions commerciales, de renoncer à une naïveté qui serait risible si elle ne laissait pas des millions de salariés sur le carreau.
Trois réflexions éclairent ce débat.
1) Une forme dangereuse de protectionnisme doit être rejetée, celle qui aboutit à des réactions de fermeture commerciale en cascade. C’est le cas, par exemple, du projet « Buy American » qui obligerait à utiliser de l’acier ou de la fonte made in USA pour les projets d’infrastructures nécessaires à la relance. Une telle décision obligerait les partenaires commerciaux des Etats-Unis à une mesure similaire et, au total, personne n’en sortirait gagnant. Pour dissuader toute velléité de ce type, l’Union européenne doit être ferme et dire que, si elle devait y être confrontée, elle prendrait immédiatement des mesures de rétorsion.
2) En période de récession, les aides directes aux entreprises menacées sont nécessaires. S’interdire d’y recourir au prétexte qu’elles seraient protectionnistes est absurde : comment développer une activité industrielle quand celle-ci a disparu ? Les aides directes aux secteurs dans la tourmente doivent cependant présenter deux caractéristiques : être ponctuelles et favoriser l’innovation. C’est ainsi qu’il faut examiner les plans nationaux à l’automobile – « protectionnistes », selon certains bons esprits. L’idéal serait, bien sûr, que la mobilisation en faveur de la filière fût impulsée au niveau communautaire. Mais, en l’absence d’une politique industrielle et de recherche européenne, d’harmonisation fiscale et sociale parmi les Vingt-Sept, il est légitime que les Etats prennent leur responsabilité et imposent le maintien de l’activité sur leur territoire en contrepartie de leur soutien. Il faudrait même aller plus loin, par exemple en indiquant, sur les fiches de vente, le taux d’émission de CO2 que la fabrication ou le transport ont généré, le lieu de production du véhicule, le montant et les conditions des subventions perçues par le constructeur. Les lobbies et les grands groupes combattent ce principe de traçabilité, mais les consommateurs et les salariés européens ont tout à y gagner.
3) Reste la racine du problème : le protectionnisme chinois, et d’abord son versant monétaire. Les pressions doivent s’intensifier pour que la Chine, dans le cadre d’un nouveau « Bretton Woods », accepte que le yuan s’apprécie conformément à la situation économique. Au plan commercial, le pragmatisme commande. Face au protectionnisme, de nouvelles règles d’équité et de réciprocité doivent prévaloir. A quoi bon laisser s’installer une concurrence sauvage entre des pays qui refusent toute avancée sociale ou environnementale et ceux qui s’orientent vers une économie sociale et écologique de marché ? Il n’y a que dans des modèles théoriques hors sol qu’une telle rivalité peut être bénéfique. Si l’on veut maintenir des activités économiques vitales en Europe, continent de la social-écologie, et contraindre les autres grands ensembles à respecter graduellement les normes internationales en matière de droit du travail ou d’émission de CO2, des règles de compensation – des écluses sociales et écologiques – sont indispensables pour rétablir les conditions d’un juste échange. Ainsi les règles commerciales n’aboutiront pas à avantager les dumpings en tout genre ! Au contraire, en faisant payer la « différence » par les pays les moins protecteurs de leurs travailleurs et les plus destructeurs de leur environnement, elles soutiendront leur développement.
P.-S. : précisément, le PS, mon parti. Jusqu’ici, il a occulté ce débat, laissant aux libre-échangistes globaux et aux protectionnistes nationaux le soin de le dénaturer. Alors qu’il revient aux socialistes et aux sociaux-démocrates de réconcilier réalisme et internationalisme. Les élections européennes de juin prochain leur en donneront l’occasion. A quoi servirait, en effet, une majorité de gauche au Parlement de Strasbourg si celle-ci refusait, par un dogmatisme teinté d’irénisme, de protéger les salariés, les entreprises, les territoires européens ? Tirons, en France et en Europe, la grande leçon de la crise : pour protéger les multinationales, leurs dirigeants, leurs actionnaires, il existe des partis conservateurs et libéraux ; pour protéger les travailleurs, les producteurs, les créateurs, il y a la gauche.
Le monde ne risque pas de devenir protectionniste pour la bonne raison… qu’il l’est déjà ! L’Europe est protectionniste quand elle ferme une part de ses marchés aux productions agricoles des pays tiers, singulièrement d’Afrique. Les Etats-Unis sont protectionnistes quand ils usent de l’arme tarifaire ou financent le secteur de l’armement par le biais des commandes publiques. La Chine, surtout, est protectionniste. Passons sur les restrictions massives faites aux importations et aux investissements sur son territoire, sans que personne s’émeuve de cette absence flagrante de réciprocité. En sous-évaluant sciemment sa monnaie, la République populaire subventionne massivement ses exportations. Dans le même temps, ayant favorisé l’exode rural de 200 millions de personnes en quinze ans sans instaurer de protection sociale, les cadres du Parti communiste s’assurent une main-d’œuvre bon marché quasi inépuisable et garantissent de faibles coûts de production aux entreprises nationales comme aux multinationales occidentales. Comble de l’ironie, les rares voix qui ont dénoncé cette forme agressive de mercantilisme ont subi un procès en… protectionnisme !
Autant que l’immoralité des traders ou que l’absence de régulation financière, la stratégie commerciale de la Chine est une donnée fondamentale de la crise. En permettant à son industrie d’inonder les marchés occidentaux de produits à bas prix, elle a accéléré la désindustrialisation de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Et amplifié la pression à la baisse sur les salaires à l’origine de l’explosion de l’endettement privé (aux Etats-Unis et au Royaume-Uni) ou public (en France).
Et l’Europe dans tout cela ? Si l’on excepte la politique agricole commune, elle est le continent libre-échangiste dans un monde protectionniste. Pas étonnant, dès lors, que son industrie se réduise comme peau de chagrin ou que ses classes moyennes sombrent dans la pauvreté ! Quant aux prétendues vertus créatrices du libre-échange, la situation de l’automobile les réduit à néant. Ces dernières années, la principale innovation des constructeurs européens a consisté à faire produire des véhicules polluants dans les pays à bas coût, dans l’Est ou dans le Sud, et à différer l’arrivée de la voiture propre.
La question ne devrait plus être : « L’Europe va-t-elle céder au protectionnisme ? » mais « Comment compte-t-elle répondre au protectionnisme ambiant ? » Il est temps que les responsables européens acceptent, sur les questions commerciales, de renoncer à une naïveté qui serait risible si elle ne laissait pas des millions de salariés sur le carreau.
Trois réflexions éclairent ce débat.
1) Une forme dangereuse de protectionnisme doit être rejetée, celle qui aboutit à des réactions de fermeture commerciale en cascade. C’est le cas, par exemple, du projet « Buy American » qui obligerait à utiliser de l’acier ou de la fonte made in USA pour les projets d’infrastructures nécessaires à la relance. Une telle décision obligerait les partenaires commerciaux des Etats-Unis à une mesure similaire et, au total, personne n’en sortirait gagnant. Pour dissuader toute velléité de ce type, l’Union européenne doit être ferme et dire que, si elle devait y être confrontée, elle prendrait immédiatement des mesures de rétorsion.
2) En période de récession, les aides directes aux entreprises menacées sont nécessaires. S’interdire d’y recourir au prétexte qu’elles seraient protectionnistes est absurde : comment développer une activité industrielle quand celle-ci a disparu ? Les aides directes aux secteurs dans la tourmente doivent cependant présenter deux caractéristiques : être ponctuelles et favoriser l’innovation. C’est ainsi qu’il faut examiner les plans nationaux à l’automobile – « protectionnistes », selon certains bons esprits. L’idéal serait, bien sûr, que la mobilisation en faveur de la filière fût impulsée au niveau communautaire. Mais, en l’absence d’une politique industrielle et de recherche européenne, d’harmonisation fiscale et sociale parmi les Vingt-Sept, il est légitime que les Etats prennent leur responsabilité et imposent le maintien de l’activité sur leur territoire en contrepartie de leur soutien. Il faudrait même aller plus loin, par exemple en indiquant, sur les fiches de vente, le taux d’émission de CO2 que la fabrication ou le transport ont généré, le lieu de production du véhicule, le montant et les conditions des subventions perçues par le constructeur. Les lobbies et les grands groupes combattent ce principe de traçabilité, mais les consommateurs et les salariés européens ont tout à y gagner.
3) Reste la racine du problème : le protectionnisme chinois, et d’abord son versant monétaire. Les pressions doivent s’intensifier pour que la Chine, dans le cadre d’un nouveau « Bretton Woods », accepte que le yuan s’apprécie conformément à la situation économique. Au plan commercial, le pragmatisme commande. Face au protectionnisme, de nouvelles règles d’équité et de réciprocité doivent prévaloir. A quoi bon laisser s’installer une concurrence sauvage entre des pays qui refusent toute avancée sociale ou environnementale et ceux qui s’orientent vers une économie sociale et écologique de marché ? Il n’y a que dans des modèles théoriques hors sol qu’une telle rivalité peut être bénéfique. Si l’on veut maintenir des activités économiques vitales en Europe, continent de la social-écologie, et contraindre les autres grands ensembles à respecter graduellement les normes internationales en matière de droit du travail ou d’émission de CO2, des règles de compensation – des écluses sociales et écologiques – sont indispensables pour rétablir les conditions d’un juste échange. Ainsi les règles commerciales n’aboutiront pas à avantager les dumpings en tout genre ! Au contraire, en faisant payer la « différence » par les pays les moins protecteurs de leurs travailleurs et les plus destructeurs de leur environnement, elles soutiendront leur développement.
P.-S. : précisément, le PS, mon parti. Jusqu’ici, il a occulté ce débat, laissant aux libre-échangistes globaux et aux protectionnistes nationaux le soin de le dénaturer. Alors qu’il revient aux socialistes et aux sociaux-démocrates de réconcilier réalisme et internationalisme. Les élections européennes de juin prochain leur en donneront l’occasion. A quoi servirait, en effet, une majorité de gauche au Parlement de Strasbourg si celle-ci refusait, par un dogmatisme teinté d’irénisme, de protéger les salariés, les entreprises, les territoires européens ? Tirons, en France et en Europe, la grande leçon de la crise : pour protéger les multinationales, leurs dirigeants, leurs actionnaires, il existe des partis conservateurs et libéraux ; pour protéger les travailleurs, les producteurs, les créateurs, il y a la gauche.
Pour un protectionnisme européen - Réflexions et propositions pour des protections commerciales pour l'Europe
|
Tags















